samedi, 17 novembre 2018
 

Déclaration à propos de la menace du gouvernement britannique de priver d’aide les pays qui violent les droits des personnes LGBTI en Afrique

Nous, soussignés, militants africains pour la justice sociale, travaillant à promouvoir des sociétés qui soutiennent les différences, les choix dans toute l’Afrique, exprimons les préoccupations suivantes concernant l’utilisation de l’aide conditionnel comme moyen d’améliorer la protection des droits des LGBTI (Ndlr : Lesbienne, gay, bisexuel-le, transsexuel-le, transgenre et/ou intersexué-e) du continent.

Plus tôt dans le mois, la nouvelle s’est largement répandue que le gouvernement britannique menace de couper l’aide aux gouvernements de "pays qui persécutent les homosexuels" à moins qu’ils ne cessent de punir les personnes qui entretiennent des relations avec des personnes de mêmes sexe. Ces menaces font suite à des décisions similaires, prises par un nombre de pays donateurs à l’encontre de pays comme l’Ouganda et le Malawi. Alors que l’intention peut bien être de protéger les droits des LGBTI sur le continent, la décision de couper l’aide ignore le rôle des mouvements de défense des LGBTI et de mouvements du continent qui oeuvrent de manière plus large pour la justice sociale et génère le risque réel de retombées négatives pour les LGBTI

Un vibrant mouvement de justice sociale interne à la société africaine travaille afin de garantir la reconnaissance et la jouissance des droits des LGBTI. Ce mouvement est composé de personnes de toutes origines, qu’elles s’identifient ou non à la communauté LGBTI. Ce mouvement a mis en place des stratégies afin d’enraciner la question des LGBTI dans des questions sociales plus larges, afin de sortir le discours sur la sexualité des personnes de même sexe du débat moral pour le placer dans le discours des droits humains et construire des relations avec les gouvernements en vue d’une meilleure protection des LGBTI. Il n’est pas possible d’atteindre ces objectifs lorsque les pays donateurs menacent de suspendre leur aide.

L’imposition des sanctions de la part des donateurs peut être une façon d’améliorer la situation des droits humains dans un pays, mais, en soi et par elle-même, elle ne peut améliorer la protection des droits des LGBTI. Les sanctions des donateurs sont par nature coercitives et aggravent la dynamique disproportionnée entre eux et les pays receveurs. Ces sanctions sont souvent basées sur des suppositions concernant la sexualité en Afrique et les besoins des Africains LGBTI. Elles ignorent les efforts de la société civile africaine et des dirigeants politiques. Comme on l’a vu au Malawi, elles tendent aussi à exacerber un environnement intolérant dans lequel les dirigeants politiques font des LGBTI les boucs émissaires face aux sanctions, dans une tentative de retenir et de renforcer la souveraineté de l’Etat.

De plus, les sanctions perpétuent le clivage entre les mouvements LGBTI et ceux de la société civile en général. Dans un contexte de violations générales des droits humains, dans lequel les femmes sont presque aussi vulnérables que les LGBTI, où il n’y a pas de sécurité alimentaire, où l’accès aux soins de santé n’est pas garanti, mettre l’accent sur les droits des LGBTI signifie que leurs droits sont particuliers et plus importants dans la hiérarchie des droits que d’autres droits. Les sanctions renforcent aussi la croyance que l’homosexualité est "anafricaine", qu’elle est une "idée" promue par l’Occident et que des pays comme la Grande Bretagne n’agissent que lorsque leurs intérêts sont menacés.

Une réponse effective à la violation des droits des LGBTI doit être plus nuancée que la simple imposition de sanctions des donateurs. L’histoire du colonialisme et de la sexualité ne peut être ignorée lorsque l’on recherche des solutions dans ce domaine. L’héritage colonial de la Grande Bretagne, sous forme de lois qui criminalisent les relations entre personne de même sexe, continue à être le fondement de la persécution des LGBTI dans tout le Commonwealth. Dans la quête de solutions face aux violations dont sont l’objet les LGBTI dans toute l’Afrique, les vieilles approches sur notre continent doivent connaître un terme. Les nouvelles approches centrées sur les droits humains doivent intégrer la nécessité de consulter les personnes affectées.

De plus, la diminution de l’aide affecte aussi les LGBTI. L’aide reçue de pays donateurs sert souvent à financer la formation, la santé et le développement de façon générale. Les LGBTI font partie du tissu social et donc de la population qui bénéficie de l’assistance financière. Couper les fonds affectera tout le monde, en particulier les personnes déjà vulnérables comme les LGBTI, dont l’accès aux services de santé et autres est déjà limité.

Afin d’aborder les droits humains des LGBTI en Afrique, les soussignés, militants pour la justice sociale, demandons au gouvernement britannique qu’il :

- reconsidère sa décision de couper l’aide aux pays qui ne protègent pas les LGBTI ;
- étende son aide aux programmes LGBTI dans les communautés qui visent à favoriser le dialogue et la tolérance ;
- soutienne les mécanismes locaux et régionaux des droits humains afin de garantir l’inclusion des questions concernant les LGBTI dans leur mandat de protection et de promotion ;
- soutienne l’enracinement des questions liées aux LGBTI dans les domaines plus larges de justice sociale au travers du financement de projets menés par la communauté et approprié par la nation.

Personnes de contact :

Joel Gustave Nana, (French and English) Executive Director African Men for Sexual Health and Rights Tel : +27735045420, joel@amsher.net

Hakima Abbas Executive Director Fahamu Email : Hakima@fahamu.org

Wanja Muguongo
UHAI- the East African Sexual Health and Rights Initiative
 Tel : +254(020)2330050/ 8127535
wanja@uhai-eashri.org

Phumi Mtetwa phumi10@hotmail.com

Sibongile Ndashe sibongilendashe@gmail.com

SIGNATAIRES 1. Organisations

- ActionAid (Liberia)
- African Men for Sexual Health and Rights – AMSHeR (Regional)
- AIDS Legal Network (South Africa)
- AIDS Rights Alliance for Southern Africa (Sub-regional)
- ARC EN CIEL + (Cote d’Ivoire)
- Arc en Ciel d’Afrique (Canada)
- Centre for Popular Education and human Rights - CEPEHRG (Ghana)
- Coalition Against Homophobia in Ghana (Ghana)
- Coalition of African Lesbians- CAL (Regional)
- Engender (South Africa)
- Evolve (Cameroon)
- Face AIDS Ghana (Ghana)
- Fahamu (Regional)
- Freedom and Roam Uganda (Uganda)
- Gay and Lesbian of Zimbabwe – GALZ (Zimbabwe)
- Horizons Community Association (Rwanda)
- House of Rainbow Fellowship – (Nigeria)
- ICHANGE CI (Cote d’Ivoire)
- Identity Magazine (Kenya)
- IGLHRC Africa (Regional)
- Ishtar MSM (Kenya)
- Justice for Gay Africans (Diaspora)
- LEGABIBO (Botswana)
- Let Good Be Told In us (LGBTI) Nyanza and Western coalition of Kenya (Kenya)
- Most at Risk Populations’ Society In Uganda (UGANDA)
- Mouvement pour les Libertes Individuelles - MOLI (Burundi)
- My Rights (Rwanda)
- Network against violence, abuse, discrimination and stigma-Africa -(Regional)
- Nyanza and Western LGBTI Coalition of Kenya (Kenya)
- Other Sheep Afrika (Kenya)
- Outright Namibia
- Pan Africa ILGA (Regional)
- PEMA Kenya
- Queer African Youth Center Network QAYN – (Sub-regional – West Africa)
- Rainbow Candle Light (Burundi)
- Reseau Camerounais des Personnes Vivant avec le VIH – Recap+ (Cameroon)
- Riruta United Women Empowerment Programme (Kenya)
- Si Jeunesse Savait (Democratic Republic of Congo)
- South African National AIDS Council – LGBT sector
- Spectrum Uganda Initiatives – (Uganda)
- Stay Alive Self Help Group (Kenya)
- Stop Aids In Liberia
- The Initiative for Equal Rights (TIER) - Nigeria
- The International Center for Advocacy on the Rights to Health -ICARH (Nigeria)
- The Lesbian and Gay Equality Project (South Africa)
- Together for Women’s Rights ASBL (Burundi)
- Treatment Action Campaign (South Africa)
- Triangle Project (South Africa)
- UHAI-the East African Sexual Health and Rights Initiative (Sub-regional -East Africa)
- Vision Spring Initiatives
- West African Treatment Action Group (Sub-regional – West Africa)
- Women Working with Women (Kenya)
- Youth Focus (Uganda)

2. Individuals

- Angus Parkinson (British Citizen, Kenyan Resident)
- Anne Baraza (Kenya
- Anthony Adero (Kenya)
- Ayesha Imam (Nigeria)
- Barbra Muruga (Kenya)
- Bernedette Muthien (South Africa)
- Blessed B Rwomushana(Uganda)
- Blessol gathoni (Kenya)
- Brian Kanyemba (Zimbabwe)
- Carine Geoffrion (Ghana)
- Carlos Idibouo (Cote d’Ivoire)
- Charles Gueboguo (Cameroon)
- Chesterfield Samba (Zimbabwe)
- Christian Rumu – (Burundi)
- Cynthia Ndikumana (Burundi)
- Cyriaque Ako (Cote d’Ivoire)
- Daniel Peter Onyango (Kenya)
- Daniel Peter Onyango (Kenya)
- Danilo da Silva (Mozambique)
- Denis Nzioka (Kenya)
- Desire Kavutse (Rwanda)
- Douglas Masinde (Kenya)
- Esther Adhiambo(Kenya)
- Francoise Mukuku (DRC)
- Friedel Dausab (Namibia)
- Gabrielle Le Roux (South Africa)
- Gathoni Blessol (Kenya)
- Geogina Adhiambi (Kenya)
- Hakima Abbas (UK/Egypt)
- Hameeda Deedat (South Africa)
- Happy Kinyili (Kenya)
- Ifeany Orazulike (Nigeria)
- Jacqueline N Mulucha (Uganda)
- Jane Bennett (Cape Town)
- Jayne Annot (South Africa)
- Jessica Horn (Uganda/UK)
- Joel Gustave Nana – (Cameroon)
- Johanna Kehler (South Africa)
- Joseph Sewedo Akoro (Nigeria)
- Julius Kaggwa (Uganda)
- Julius Kyaruzi (Tanzania)
- Kamariza Sandrine (Burundi)
- Kasha Jacqueline (Uganda)
- Keguro Macharia (Kenya)
- Kene Esom (Nigeria)
- Korto Williams – Liberia
- Lillian Kwagala (Uganda)
- Linda Baumann (Namibia)
- Lourence Misedah (Kenya)
- Mariam Armisen (Burkina Faso)
- Marieme Helie-Lucas (Algeria)
- Mia Nikasimo (African Diaspora)
- Mmapaseka Steve Letsike (South Africa)
- Mombo Ngua (Kenya)
- Mwangi Forsyth-Githahu (Kenya)
- Ndifuna Ukwazi (South Africa)
- Ndikumana Pierre Celestin (Rwanda)
- Ngozi Nwosu – Juba (Nigeria)
- Nguru Karugu (Kenya)
- Nicholas Mutisya Muema (Kenya)
- Nicole Khanali (Kenya)
- Olivier Irogo (Cameroon)
- Paden Edmund (Tanzania)
- Peter Wanyama (Kenya)
- Phumi Mtetwa (South Africa)
- Pouline kimani,Udada kenya
- Prof J Oloka-Onyango (Uganda)
- Prof Sylvia Tamale (Uganda)
- Rena Otieno (Kenya)
- Rowland Jide Macaulay (Nigeria)
- Samuel Ganafa (Uganda)
- Samuel Matsikure (Zimbabwe)
- Sandrine Kamariza (Burundi)
- Sibongile Ndashe (South Africa)
- Sokari Ekine (Nigeria)
- Solomon Wambua
- Sserwanga James (Uganda)
- Stanley Muiga Wangari (Kenya)
- Steave Nemande (Cameroon)
- Stephen McGill (Liberia)
- Thomas Mukasa (Uganda)
- Tony Gatore (Burundi)
- Wanja Muguongo (Kenya)
- Wendy Isaack (South Africa)
- Zawadi Nyong’o (Kenya)
- Zeitun Mohamed Haret

 
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