samedi, 23 mars 2019
 

Eurafrique : On prend les mêmes et on recommence

Après l’esclavage, la colonisation ; après la colonisation, le néo-colonialisme ; et après la Françafrique, voici venue l’heure de l’Eurafrique. Il fallait y penser, les pays dominants de l’Union Européenne l’ont fait ! A Les rouages et les moyens peuvent changer, les intérêts restent les mêmes, les politiques de développement inchangées, les pillages et profits plus juteux que jamais. Un seul mot d’ordre : exploiter et mettre au pas ces hommes et ces femmes qui « depuis des millénaires vivent avec les saisons dans un univers où la nature commande tout, incapables de s’élancer vers l’avenir et de s’inventer un destin » (discours de Dakar – Sarkozy – 2007). Le continent noir est donc en proie aujourd’hui encore à la fièvre impérialiste et dominatrice, non seulement des anciens Etats colonisateurs mais également des autres Etats économiquement forts qui se sont « Unis pour l’Exploitation » (UE). Là où chaque pays d’Afrique avait jusqu’ici face à lui un prédateur facilement identifiable en l’ancien exploiteur (France, Grande-Bretagne, Belgique, Portugal), il s’agit maintenant d’affronter l’Hydre à 27 têtes qui se sont alliées pour frapper encore plus fort. Car là où les intérêts communautaires rejoignent les profits particuliers, les forces s’unissent et les « prés carrés » sont bien gardés. En effet, la politique de domination, d’ingérence et de soustraitance, non affichée par l’Union Européenne mais infligée dans les faits au continent noir, illustre parfaitement la continuité et la parfaite harmonie avec la tradition coloniale. En plus du système de dépendance mis en place par le Pacte néocolonial sous De Gaulle et ses « amis de l’Afrique », l’asservissement du continent a encore de beaux jours devant lui. Après quelques timides vélléités de dénonciations de la Françafrique par certains de ses membres, l’UE s’est finalement accomodée avantageusement de cette situation, et au lieu de mettre en place une véritable politique de partenariat Nord/Sud, se contente d’organiser, d’écrire et de faire signer aux Africains des « accords » unilatéraux essentiellement économiques inégalitaires, injustes et désastreux. Qu’ils s’appellent APE (Accords de partenariat économique) ou PEICD (Pacte Européen sur l’Immigration Choisie et le Développement), ces simulacres de coopération ne représentent que la face cachée des intérêts des lobbies ou des différents Etats membres. L’UE, refusant de s’asseoir avec les Africains pour discuter, conserve indécrottablement une approche globale et biaisée du développement, niant ainsi leurs besoins spécifiques et prioritaires. Elle exige hypocritement du continent un processus de croissance et de compétitivité à son image alors que les besoins élémentaires tels que l’eau ou l’électricité ne sont pas même acquis. Et même s’il existe un timide affichage visant à mettre fin aux conflits, à aider à la construction de la paix ou au respect des principes démocratiques, les voeux de l’Union restent pieux et sont contrecarrés par l’influence excessive et les vues géostratégiques de certains, à commencer par la France. Ainsi, la première opération militaire de l’UE en Afrique (Artémis en 2003 en RDC), comme la dernière en date au Tchad (Eufor) n’étaient que des opérations voulues, préparées et financées par la France, au service de sa diplomatie françafricaine. D’ailleurs en 2003 en RDC, à la fin des trois mois d’intervention « européenne », la politique européenne s’est désintéressée du problème montrant ainsi l’absence totale de projet quant à la manière de combattre les causes de ce conflit, du moins tant que ces dernières étaient conciliables avec ses intérêts miniers. Mais cela ne s’arrête bien sûr pas là. L’Europe-Forteresse a maintenant son arme de dissuasion : FRONTEX (agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des états membres du l’Union Européenne). Ce nouveau dispositif (justifié par la lutte contre les passeurs et pour venir en aide aux naufragés perdus dans l’océan) permet à l’Union de mener une guerre sans merci aux migrants et aux réfugiés, de verrouiller les frontières et les côtes, aboutissant à des drames inommables (morts de noyade, faim ou soif ; morts sous les balles de la police ; camps de rétention où les droits des étrangers sont bafoués…). Pour l’aider à rester fermée essentiellement aux Arabes et aux « Nègres », l’Europe a réussi à « externaliser » le contrôle de l’immigration au moyen d’accords avec les pays d’origine ou de transit (récompensés d’une manière ou d’une autre). Ainsi « le sale boulot » est décentralisé et l’UE sauve une fois de plus les apparences. C’est dans le même ordre d’idées que le Pacte Européen et son immigration choisie installe des centres de tri et de recrutement (CIGEM : Centre d’Information et de Gestion des migrations) dans les pays d’origine comme à Bamako pour choisir sa main d’oeuvre hautement qualifiée : la Traite n’est pas loin… Tout ceci au mépris total des peuples et de leur libre circulation. L’Union européenne doit se rendre à l’évidence : l’Afrique ne lui appartient pas et ne lui appartient plus. Elle doit arrêter les dégâts de façon urgente et laisser l’Afrique aux africains en se servant de quelques principes qui suivent.

□ Abolition totale de la dette

□ Arrêt du Pacte Colonial et des accords de coopération

donnant droit au pillage des ressources naturelles

□ Libre disposition du continent à ses ressources naturelles

□ Liberté, indépendance et libre choix du modèle politique

□ Auto-détermination économique

□ Fin de l’idéologie sécuritaire et répressive et de la criminalisation des migrations

Il s’agit d’inviter les Africains à s’assumer entièrement et comme l’écrit Mamadou Koulibaly dans son livre Eurafrique ou Librafrique : « … ni les chefs d’Etat africains, généralement en place depuis plusieurs décennies, ni les puissances occidentales qui les soutiennent envers et contre tout, ne veulent perdre le bénéfice que leur procure l’absence de réelle démocratie dont naissent des institutions solides qui protègent les citoyens et les intérêts des populations… ».

Isabel Ferreira

 
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