lundi, 25 septembre 2017
 

HOLLANDE EN AFRIQUE : Dans les pas de ses prédécesseurs

Bien que symbolique le changement est pour le coup bien réel… mais pas dans le bon sens. En effet on se souvient du premier voyage de François Hollande en Afrique en tant que président de la République nouvellement élu, convié à participer au XIVe sommet de la Francophonie qui se déroulait à Kinshasa, au Congo. A cette époque, il avait ostensiblement refusé d’applaudir le discours de Kabila et déclarait dans son discours : « La francophonie doit porter la démocratie, les droits de l’Homme, le pluralisme, le respect de la liberté d’expression, l’affirmation que tout être humain doit pouvoir choisir ses dirigeants.[1] »

Depuis, qu’on se rassure, tout est rentré dans l’ordre ! Le dernier voyage de Hollande en Afrique début juillet montre qu’il s’est parfaitement et, depuis longtemps, accommodé de la dimension françafricaine de sa fonction présidentielle.

La démocratie aux oubliettes

Finies les préoccupations des droits de l’homme. Les pires dictateurs deviennent des alliés de la France dans la lutte contre le terrorisme. Désormais, on embrasse le dictateur Idriss Déby qui est impliqué dans l’exécution du principal opposant politique, Ibni Oumar Mahamat Saleh, en 2008. Il s’est habilement rendu indispensable en fournissant des troupes au Mali et en s’engageant dans la lutte contre la secte islamiste nigériane Boko Haram.

Quant à Biya, le président camerounais, lui non plus ne s’y est pas trompé et pour faire oublier ses 33 ans de pouvoir, son arbitraire, ses élections truquées et les tortures des opposants en prison se présente comme le garant de la stabilité contre les agissements criminels de Boko Haram qui sévissent dans le Nord du pays.

Désormais, la question des droits de l’homme, la bonne gouvernance, les élections libres démocratiques sont passées aux oubliettes au profit de la lutte contre les djihadistes. Maintenir la stabilité des États africains en s’appuyant sur des dictatures devient la règle même si le verrouillage politique et démocratique de ces États, la corruption éhontée et la soumission aux intérêts des multinationales (l’APE en est le dernier exemple), engendrent une misère sociale qui ne fait que renforcer la dynamique des groupes djihadistes et autres milices armées.

Le Quai d’Orsay et le Medef

Le voyage de Hollande en Afrique où il a visité le Bénin, l’Angola et le Cameroun conforte les liens avec la Françafrique qui n’ont jamais disparu malgré les engagements électoraux.

Ainsi Lionel Zinsou est-il un proche du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius : il était notamment l’animateur de son cercle de réflexion, Fraternité ; il a codirigé, avec Védrine, le rapport Afrique France : un partenariat pour l’avenir. Ce rapport a débouché sur la naissance, en février 2015, d’une fondation soutenue par le Quai d’Orsay et le Medef, Africafrance (l’inversion des deux mots aurait fait jaser). Quelques mois plus tard, en juin, Zinsou est nommé Premier ministre, au Bénin, (fonction qui d’ailleurs n’existe pas dans la constitution) et en juillet Hollande se rend dans la capitale, Cotonou.

On aurait pu penser que devenu Premier ministre, Zinsou allait abandonner son poste à la présidence d’Africafrance dont le but est de favoriser les intérêts économiques de la France, eh bien non ! Il garde les deux fonctions, ce qui serait impensable dans n’importe quel pays occidental. D’autant que cette fondation se retrouve déjà empêtrée dans une affaire de pillage de bois au Congo Brazzaville au profit des membres du clan de Sassou N’Guesso qui vient d’être reçu à l’Élysée. Une sorte de bénédiction de son entreprise de changement constitutionnel pour se maintenir au pouvoir.

Accor, Eiffage, Total, Air France, principaux bénéficiaires

Les intérêts économiques sont restés au premier plan pour la visite des deux autres pays, l’Angola et le Cameroun. L’Angola reste une niche pour les pays capitalistes, deuxième exportateur de pétrole après le Nigeria, sa croissance est une aubaine pour les multinationales d’autant que les fuites de capitaux bénéficient au clan Dos Santos mais aussi largement aux intérêts financiers occidentaux. Hollande saura fermer les yeux sur les violations des droits humains, notamment les conditions scandaleuses d’exploitation de l’or dans ce pays géré par la haute hiérarchie de l’armée. Esclavage, torture et exécutions sommaires sont le lot des creuseurs, situation dénoncée notamment par Rafael Marques de Morais[2]. Les contrats et lettres d’intention de plusieurs centaines de millions de dollars sont le prix du silence. Les principaux bénéficiaires en sont Accor qui va gérer plus d’une cinquantaine d’hôtels dans le pays, Eiffage qui est positionné pour la construction d’une centaine de passerelles pour piétons, Total qui renforce sa position de premier opérateur pétrolier du pays, Air France qui est autorisé à ouvrir une troisième ligne.

UPC victime de la répression française

Le seul point positif est la reconnaissance de la répression colonialiste des nationalistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC) et la promesse de l’ouverture des archives. Mais cette reconnaissance est largement noyée par une politique qui reste néocolonialiste. En effet, comme pour la plupart des grandes questions, Hollande et le gouvernement Valls restent dans le sillon des précédents gouvernements, pillage et soutien des dictatures en Afrique, racisme et expulsion des sans-papiers en France.

Paul Martial

[1] http://www.francophonie.org/Discour...

[2] https://fr.rsf.org/angola-rsf-rend-...

 
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