jeudi, 19 juillet 2018
 

Bulletin Afrique en lutte juin 2009

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Édito

LAMPEDUSA : Une prison pour migrant-e-s

Lampedusa : 25 km², à 110 km au sud de la Sicile et 70 km de la Tunisie, 5000 habitant-e-s, une militarisation extrême. Cette porte de l’Europe voit approcher de ses côtes des bateaux de migrants en provenance de Libye pour la plupart, chassés de leur pays d’origine par les conflits ou la misère.

Les politiques européennes de contrôle de l’immigration de plus en plus drastiques les contraignent à emprunter des chemins de plus en plus longs et dangereux : beaucoup d’entre eux périssent en mer. On avance le nombre de 300 cadavres repêchés, mais impossible de chiffrer avec exactitude les décès en mer. C’est dans ce terrible contexte que s’inscrit le procès des « pêcheurs solidaires », coupables en 2007, d’avoir sauvé de la noyade des migrants en détresse. Le jugement devrait intervenir en juillet. [Voir article p. 9-10] Les « interceptions » sont pratiquées par la mission Frontex, à laquelle participe la France, résultat des accords bilatéraux entre les deux rives de la Méditerranée. En effet, les aides de l’UE au développement sont conditionnées à la gestion des flux migratoires des pays du Sud.

Le nouveau statut du camp aggrave les conditions d’accueil : l’effectif a triplé (jusqu’à 1800 détenus) depuis la décision des autorités italiennes, fin 2008, de faire de cette zone de transit un CIE, Centre d’identification et d’expulsion. Elles retiennent alors sur l’île les migrants qui ont bravé la mort pour traverser la Méditerranée. Les conditions de rétention y deviennent monstrueuses, encore plus dégradantes et humiliantes : saleté, froid, surpopulation (certains dorment à même le sol, dans des cages d’escaliers), pathologies diverses, pas d’accès aux soins, ni d’assistance juridique, pas d’avocat sur l’île, pas d’information sur les possibilités de recours, un manquement flagrant aux procédures en matière de droit d’asile. Les droits internationaux élémentaires sont bafoués depuis que l’objectif avoué du gouvernement italien est d’expulser directement les migrants. Pour parfaire l’abjection, un décret-loi du 23 février tente de prolonger de 2 à 6 mois le délai de détention, dans la droite ligne de la directive européenne « Retour ». Le Parlement ayant finalement refusé d’adopter la loi, 1000 clandestins ont été libérés. 18 février 2009 : émeutes,incendie, tentatives de suicide éclatent à l’intérieur du centre en protestation contre le rapatriement imminent de 107 clandestins du centre vers la Tunisie. La population locale a exprimé sa colère contre la décision de transformation du statut du camp. Off, la préfète confie que la situation sur l’île est « anormale ».

Les liaisons dangereuses entre les régimes italien et tunisien donnent lieu à des accords de coopération renforcée, et cette collusion permet de procéder en parfaite illégalité à des éloignements massifs, sans examen des situations individuelles. Rappelons que la majorité des détenus de Lampedusa sont tunisiens et que, parmi eux figurent des membres des familles d’inculpés lors de la répression féroce de la révolte des mines, dans la région sinistrée du bassin minier de Gafsa. Ainsi, de nombreux Tunisiens, malgré les persécutions annoncées dans leur pays, craignent de solliciter l’asile par peur de représailles sur leur famille. D’autant que le raffinement de la législation tunisienne a crée un « délit de sortie du territoire », passible de 2 à 6 ans de prison, et applicable à toute personne étant sortie ou ayant même tenté de sortir illégalement du pays.

L’approche européenne xénophobe du tout sécuritaire est à combattre, d’autant plus que cette gestion flexible et sélective des flux migratoires se double d’accords de sous-traitance des migrations avec des pays comme la Libye ou la Tunisie. Seule une puissante mobilisation internationale des défenseurs des droits de l’homme, en Europe et tout autour de la Méditerranée peut obtenir la fermeture du centre, la libération et la régularisation des retenus.

Gisèle F.

 
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