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Cameroun : Hollande-Biya : la déforestation, l’huile de palme, on en parle ?

D 8 février 2013     H 05:07     A greenpeace     C 0 messages


HUILE DE PALME - François Hollande ne manquera certainement pas de sujets de conversation lorsqu’il recevra à l’Elysée son homologue camerounais Paul Biya ce 30 janvier.

Mais un thème pourtant devrait faire partie des discussions : la déforestation en cours au Cameroun et les quelques 25.000 camerounais dont les terres sont convoitées par une compagnie agroindustrielle, le tout pour un scandaleux projet de plantation industrielle de palmiers à huile qui entraîne dans son sillage intimidations, exactions ou manœuvres destinés à faire taire les populations locales.

Ce projet inquiétant est mené par Herakles Farms dans la région du Sud-Ouest, aux abords du parc national de Korup.

Dans cette région considérée comme l’un des 25 lieux cruciaux pour la biodiversité de la planète, l’entreprise américaine envisage de raser près de 70.000 hectares de forêts, soit sept fois la superficie de la ville de Paris. Les travaux ont déjà commencé alors que les conditions d’exploitations sont tout sauf claires.

Par de nombreuses irrégularités dans leur étude d’impact et les mauvaises relations entretenues avec les populations locales, Herakles Farms a montré son incapacité à conduire un projet respectueux des camerounais et de leur environnement, il a même échoué à obtenir la pourtant très accessible certification RSPO, principal label requis par la plupart des acheteurs d’huile de palme.

Des manifestations ont été organisées sur place, la société civile camerounaise est déjà fortement mobilisée pour dénoncer cet accaparement des terres et les agissements de la compagnie. Mais les opposants au projet sont régulièrement menacés. Certains d’entre eux ont même été emprisonnés dans des conditions inhumaines.

Le président Paul Biya ne peut pas continuer à faire la sourde oreille à ces appels. Le contrat passé avec Herakles est inique et absurde. Il accorde à la compagnie un bail emphytéotique de 99 ans qui prive les habitants de tous leurs droits. Sauf celui de garder le silence. Herakles a même le pouvoir de faire justice elle-même sur la concession et peut compter sur la complicité des autorités locales.

La société a beau distribuer des sacs de riz dans quelques villages à l’occasion du nouvel an, ce "greenwashing" ou "social washing" ne trompe personne. Les quelques aides et supports apportés dans la région par Herakles sont tellement peu au regard des dommages que vont causer leur projet de façon irréversible... La destruction de la forêt a déjà commencé alors même que le chef de l’Etat n’a pas signé l’autorisation d’exploitation.

Le Cameroun a évidemment droit au développement économique. Il peut essayer d’être attractif pour faire venir les investisseurs étrangers. Le potentiel de développement de l’huile de palme est important dans ce pays mais celui-ci ne doit pas se faire en piétinant les droits de ses citoyens, en détruisant les forêts et en accordant tous les droits aux compagnies comme Herakles. Il en va d’ailleurs de même dans de nombreux pays d’Afrique où les investisseurs se ruent sur les terres disponibles pour y récolter ce nouvel or vert que représente l’huile de palme.

La région visée par Herakles est une réserve de carbone essentielle à préserver pour lutter contre le réchauffement climatique. Elle comporte cinq réserves naturelles qui abritent nombre d’espèces menacées, dont des éléphants de forêt et des chimpanzés. Elle est également un corridor de développement soutenu par l’Union européenne depuis plus de trente ans.

Des financements importants ont été dégagés pour aider les habitants de la région à développer une agriculture qui préserve l’équilibre fragile de la forêt. Faire table rase de tous ces efforts consentis serait d’un cynisme absolu.

Si le président français ne dit rien lors de cette rencontre, il encouragera les entreprises françaises à imiter Herakles Farms au Cameroun. Paul Biya sera également reçu par le Medef pendant son voyage en France. Il est à parier qu’un silence élyséen sur la déforestation et les pratiques irresponsables d’exploitation de l’huile de palme passerait pour une autorisation à poursuivre dans cette voie. Quelques entreprises françaises déjà présentes dans la région ne sont pas en reste n’attendent que ça.

Greenpeace organise le samedi 2 février Place du Palais Royal un événement pour mobiliser et sensibiliser les parisiens contre la déforestation au Cameroun et le scandaleux projet d’Herakles Farms.

Jean-François Julliard
Directeur Général Greenpeace France

Suivre Jean-François_Julliard sur Twitter : www.twitter.com/jfjulliard

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