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Cameroun : Homosexualité : Nouveau renvoi pour le procès des deux coupables présumés

D 5 septembre 2011     H 04:41     A Idriss Linge     C 0 messages


Jonas et Francky, arrêtés au mois de juillet 2011 pour pratique homosexuelle présumée, devront encore attendre pour être fixés sur leur sort

L’ouverture du procès pour homosexualité de deux jeunes camerounais a été interrompue pour des questions de procédure. Bien que nous soyons dans la procédure de flagrant délit, c’est-à-dire d’urgence, le tribunal, qui a rejeté la mise en demande de liberté provisoire, a rendu un jugement dont on n’a pas retrouvé la trace aujourd’hui dans le dossier, a déclaré maître Alice Nkom, l’avocate des deux prévenus et aussi avocate des droits pour les homosexuelles. Mes clients sont pénalisés pour une faute qu’ils n’ont pas commise. Ils sont en prison et aujourd’hui, on les a privés d’un jugement qui aurait peut-être pu leur permettre de retrouver la liberté a-t-elle ajouté. Dans les coulisses du procès, on apprend que le juge n’avait pas pris connaissance du dossier d’accusation. L’avocate des deux jeunes a demandé qu’on puisse les libérer, sur le fait qu’ils étaient injustement détenus. Le tribunal a décidé de renvoyer la question en délibéré pour une autre fois. Lors d’une première audience le 18 août dernier, Jonas et Francky avaient plaidé « non coupables », mais leur demande de liberté provisoire avait été rejetée par le tribunal de première instance.

Détenus à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, Jonas et Francky, 19 et 20 ans, ont été inculpés pour homosexualité, au titre de l’article 347 bis du Code pénal camerounais qui érige depuis longtemps en infraction, les actes sexuels entre personnes du même sexe. Ils sont passibles de six mois à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende allant de 20 000 à 200 000 FCFA. La question de l’homosexualité reste très sensible au Cameroun. Même s’il n’existe pas de statistiques officielles sur le sujet, la société a une attitude très rigoureuse à l’égard de ceux qui la pratique. C’est vers 2005 que l’homophobie a franchi une nouvelle étape, attisée notamment par l’Église et par les médias, notamment avec l’affaire des listes.

Dans une de ses homélies, l’archevêque de Yaoundé, Victor Tonyé Bakot, avait dénoncé l’homosexualité, la désignant de « perversion » tout en accusant la communauté gay d’être responsable de la corruption et du chômage dans le pays. Dans les semaines suivantes, trois titres de la presse camerounaise avaient publié des listes de personnalités, hommes politiques, d’affaires ou artistes, soupçonnés d’homosexualité. La personnalité d’un juge peut parfois aussi jouer sur le procès d’un homosexuel. En mars 2011 Jean Claude Mbede un autre camerounais a été enfermé et condamné à 3 ans de prison pour avoir envoyé des messages téléphoniques jugés tendancieux à un autre homme. Pour Franky et Jonas (20 ans et 19 ans), le séjour en prison est de plus en plus difficile, selon des nouvelles données par des proches. Le verdict de leur mise en liberté provisoire devrait être rendu le 10 octobre date fixée pour la suite des débats.

Par Idriss Linge

Source : http://www.journalducameroun.com