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Cameroun : mascarade et escroquerie électorales à grande

D 22 octobre 2011     H 22:01     A Pierre Sidy     C 0 messages


Election présidentielle à un tour le 9 octobre 2011 au
Cameroun. Sur 52 dossiers enregistrés à Elections
Cameroon (ELECAM), la commission électorale nationale, un
chiffre inédit par son ampleur depuis l’avènement du
multipartisme au Cameroun en 1991, 23 candidatures ont été
validées par la Cour suprême. Paul Biya, celui-là même dont
l’élection en 1992 a procédé d’une véritable arnaque contre son
principal adversaire (John Fru Ndi) et dont les réélections (dans
des scrutins boycottés par l’opposition) en 1997 et en 2004 ont
été plus que contestables, est candidat à sa propre succession.
À 78 ans, cet autocrate en place depuis 29 ans – et qui est donc
le plus ancien du pré-carré néocolonialiste français – brigue un
nouveau mandat après avoir obtenu en 2008 par un vote
favorable de une Assemblée nationale aux ordres une modification
de la Constitution pour lui permettre une rééligibilité sans limite lui
assurant l’immunité à vie.

Au service de l’impérialisme

Re-voici donc les Camerounais soumis à une nouvelle frasque de
Biya transformant l’élection présidentielle en faire valoir de son
régime aux abois qui ne permet pas qu’on remette en cause son
autorité et réprime avec force toute velléité de contestation
politique ou sociale, un pouvoir qui – pour consolider sa position –
exacerbe les rivalités tribales et régionales pour apparaître comme
le seul garant de la paix. La clef de ce forcing ? : La défense des
intérêts impérialistes (dont françafricains) au Cameroun et de
ceux des clientèles locales ethniques et affairistes auxquelles il est
lié. Entreprises étrangères comme camerounaises sont en grande
attente d’une « amélioration du climat des affaires » : entendre
« amélioration de leurs profits », « facilitation des pillages des
ressources du pays et de l’exploitation des populations »… Héritier
de ceux qui ont lutté militairement avec les colonisateurs français
dans la guerre, entre 1955 et 1970, contre le mouvement
d’indépendance nationale incarné, à l’époque, par l’UPC (Union
des populations du Cameroun), une guerre qui fera des milliers de
morts et où l’armée française n’hésitera pas à utiliser le napalm,
Biya est aussi là pour tout cela… Et la dose et la marche doivent
être forcées dans un contexte où les organisations populaires et
les forces progressistes voudront être à la hauteur des enjeux.
Rappelons juste que, du 23 au 29 février 2008, le Cameroun a été
le théâtre d’un mouvement social d’ampleur, à la fois « émeute de
la faim » et soulèvement populaire à caractère politique : la
conjonction de la provocation d’une hausse des prix des
carburants et des denrées alimentaires et de l’ignoble projet de
modification constitutionnel pour prolonger son mandat au
pouvoir.

En grève contre la hausse du prix du carburant, la
population a pris d’assaut les rues des principales villes des cinq
provinces du Sud avec des revendications socio-économiques,
civiques et politiques. Dans ce contexte, les forces de sécurité se
sont livrées à une répression sanglante contre la population et ont
commis de graves violations des droits de l’Homme, causant la
mort de quelques 140 personnes, le Rapport de l’Observatoire
national des droits de l’Homme évoquant des exécutions
sommaires de civils. Des milliers de personnes ont été arrêtées
arbitrairement pendant et après ce mouvement social et
traduites en justice. Aucune commission d’enquête n’a été
constituée afin d’établir la vérité sur cette répression violente et
disproportionnée.

Rappelons encore que, dans une période encore toute proche, le
musèlement de la presse et les intimidations et persécutions
contre les journalistes se sont multipliés. Des journalistes ont été
arrêtés, inculpés de « faux et usages de faux » et écroués ; il y
eut des décès de journalistes à la prison centrale Yaoundé,
« après tortures et privation de soins » notaient plusieurs
websites et journaux camerounais.

Jusqu’ici, l’opposition politique n’a pas pris la direction politique
de ces mouvements sociaux et n’a pas réussi à les structurer et à
les ancrer dans les quartiers populaires. L’enjeu est d’être
capable d’offrir une alternative aux luttes populaires afin qu’elles
ne soient pas dévoyées, par des fractions du clan Biya, vers des
conflits ethniques. Ce défi peut être relevé, d’autant que dans les
débats de l’opposition, des ailes de gauche se dessinent.
En tout cas, le contexte est aujourd’hui à une tension qui
accélère la crise attisée par la modification constitutionnelle de
2008. Les conditions pouvant générer des contestations postélectorales
potentiellement explosives car, au-delà de
l’impréparation, de l’inexpérience et de l’incapacité d’ELECAM à
organiser des élections apaisée et crédibles, il y a au moins :
- la réintroduction anticonstitutionnelle de l’administration dans
le processus électoral,
- la violation flagrante par le pouvoir en place des lois et
règlements qui régissent les élections et dont la plus récente est
l’occupation illégale des panneaux publicitaires par le parti
gouvernemental RDPC etc.

Intimidations et fraudes massives

Les irrégularités et dysfonctionnements dans l’organisation de
cette présidentielle tels que les doublons et les absences dans les
listes électorales, les retards dans le calendrier (au regard de la
loi, ELECAM aurait dû afficher les listes électorales et distribuer
les cartes 25 jours avant la date de tenue du scrutin soit
exactement depuis le 14 septembre, or elle n’a commencé
l’affichage que le 23 septembre, soit 16 jours seulement avant le
vote) etc. sont de nature à hypothéquer gravement le bon
déroulement de l’élection et la sincérité du scrutin… assez pour
tronquer les résultats du vote et assurer odieusement une
réélection de Paul Biya. Dans l’ordre de l’abominable,
l’administration sert obséquieusement la campagne de Biya (des
accompagnements logistiques « au nom de la continuité du
service public », a assuré sans rire le premier ministre
Philémon Yang) et, dans le même temps, un candidat a été
interdit de campagne dans la localité de Mvomeka, village
d’origine de Biya, sous prétexte que ce dernier y séjournait à ce
moment-là et des militants d’opposition en campagne pour leur
candidat ont été violemment interpelés par les gendarmes.
« Paul Biya must go »,
« No Paul
Biya »« Carton rouge à
Paul Biya » « Touche pas
à ma constitution ! »
furent quelques
messages lancés par les
manifestants dans les
différentes villes
affectées par la grève de
février 2008. La célèbre
chanson du parti au
pouvoir « Paul Biya
toujours chaud gars »
s’est transformée en
« Paul Biya, maintenant va t’en ». Il est temps effectivement de
leur faire partir pour de bon…

Le régime de Paul Biya (la « Popolie », comme on la caricature) et
Biya lui-même doivent être tenus pour responsables de la
situation chaotique vers laquelle le pays s’achemine de plus en
plus. L’opposition et la société civile estiment que Biya a verrouillé
le système électoral pour s’assurer une réélection sans difficultés.
Biya espère, ni vu ni connu !, se faire réélire dans l’indifférence de
la société internationale via la mascarade électorale qu’il a
concoctée cette fois-ci après avoir réussi à exclure du jeu ses
concurrents potentiels dans son camp grâce à l’Opération anticorruption
Épervier…

En France, il nous incombe de faire notre
part de travail dans la solidarité avec le peuple camerounais et
de dénoncer inconditionnellement le soutien du gouvernement
français, depuis des décennies et jusqu’à maintenant, à Biya.

Pierre Sidy