Vous êtes ici : Accueil » Afrique centrale » Cameroun » Cameroun : UNE DÉLÉGATION DU RACE REÇUE PAR LE PREMIER MINISTRE (...)

Cameroun : UNE DÉLÉGATION DU RACE REÇUE PAR LE PREMIER MINISTRE !

D 29 avril 2014     H 18:53     A RACE (Cameroun)     C 0 messages


Visiblement le tocsin sonné la semaine dernière par le RACE (Réseau associatif des consommateurs de l’énergie) en révélant le
projet commun ARSEL-AES/SONEL d’augmenter les tarifs de l’électricité a eu un vibrant écho en « haut lieu ». En effet, hier mardi 15
avril 2014 à 09 heures précises, une délégation du RACE conduite par Jean Baudelaire BELENGUE, Secrétaire général adjoint et Joseph
TCHOUAMOU, responsable Centre-Sud-Est, a été reçu en audience par le Premier Ministre en personne, Monsieur YANG Philémon.

Deux points ont ponctué ce tête-à-tête sans précédent de 03 quarts d’heure entre le Chef du gouvernement et les représentants
du RACE : la question des tarifs évidemment, mais aussi la très controversée cession AES/ACTIS, qui demeure un sujet
d’angoisse pour les consommateurs d’énergie.

Fidèle à son rôle d’avant-garde et à la mission de veille citoyenne qu’il s’est assigné depuis sa création, le RACE a renouvelé ses
positions sur ces deux importants sujets.
Sur les tarifs, nous avons réaffirmé notre hostilité à toute nouvelle hausse des prix de l’électricité en ce moment où l’on assiste
à une recrudescence des délestages dans la plupart des localités du périmètre de distribution concédé le 18 juillet 2001. Pour
nous, une telle mesure est inopportune, économiquement injustifiable et socialement dangereuse.

Nous avons profité de cette singulière occasion pour développer nos arguments - déjà contenus dans notre lettre adressée il y a quelques
jours au régulateur. Pour résorber durablement la crise énergétique chronique que traverse le Cameroun, nous l’avons exhorté à
s’attaquer de façon égale aux causes conjoncturelles et structurelles. Pour cela, nous avons souligné l’impérieuse nécessité pour le
gouvernement d’instruire - conformément au contrat de concession - la modification de la formule de calcul du prix de l’électricité pour
passer au mode tarifaire par plafonnement des revenus ; mais aussi, d’accélérer la création du GRT (Gestionnaire du réseau transport),
en application de l’article 13 de la nouvelle loi N°2011/022 du 14 décembre 2011 régissant le secteur de l’électricité.

Toujours sur ce même chapitre, nous estimons que les pouvoirs publics ne peuvent pas continuellement céder à l’argument juridique
brandi toujours à contretemps par l’opérateur AES/SONEL - à savoir l’application à l’aveuglette de l’article 5-3 du contrat de concession
qui lui donne la prérogative de procéder à une augmentation mécanique des tarifs. Nous avons suggéré au gouvernement d’y opposer le
non respect de plusieurs clauses de cette même convention, notamment celle relative aux normes de qualité du service, royalement
méprisées depuis belle lurette par AES/SONEL. Nous lui avons rappelé que dans le contrat de concession, le terme « énergie non
fournie » désigne l’accumulation des délestages sur l’ensemble du réseau public d’électricité sur une période donnée. Et qu’en 2012,
l’ARSEL estimait à 04 milliards de FCFA l’ardoise due à « l’énergie non fournie » imputable à AES/SONEL sur les 11 dernières années.
Hélas, jusqu’à ce jour, pendant qu’AES/SONEL harcèle et terrorise littéralement les consommateurs à travers des campagnes brutales de
recouvrements forcés, l’Agence a été incapable de récupérer cet argent. D’ailleurs, nous lui redit qu’à cause de ce laxisme et de sa
connivence avérée avec AES/SONEL, les consommateurs ont perdu toute confiance dans les arbitrages de l’ARSEL.

Outre cela, nous avons plaidé pour la pénalisation des délestages et le relèvement de la tranche de facturation dite « sociale » à 200 kWh
à 50Fcfa/kWh, au lieu des 110 kWh en vigueur en ce moment.
A l’issue de notre exposé, le Premier Ministre a confirmé avoir effectivement reçu une demande de révision de la grille tarifaire
proposée par l’ARSEL ; mais que pour l’heure, le gouvernement n’avait pas encore statué sur ce dossier. Puis il s’est empressé
de nous assurer que nos arguments seront pris en compte dans sa décision qui interviendra d’ici le 30 avril 2014. Et d’ajouter
que le gouvernement « va accélérer la mise en oeuvre des projets structurants dans le secteur afin d’augmenter l’offre
énergétique » et qu’en attendant, de concert avec le régulateur, « son gouvernement réfléchissait en ce moment sur des moyens
de coercition pouvant aller jusqu’aux sanctions » afin de limiter la survenue des délestages ».

Au sujet de la cession AES/ACTIS, il nous a dit que ce dossier était loin d’être clos. D’après lui : « … l’Etat n’a pas encore dit son dernier
mot » ; il resterait plusieurs zones d’ombres qui : « s’ils ne sont pas réglés, pourraient entrainer la remise en cause de cette transaction ».
Malheureusement, la mollesse - pour ne pas dire plus - dont font preuve les pouvoirs publics à l’égard d’AES/SONEL depuis 13
ans, ne prête pas du tout à l’optimisme. A vrai dire, malgré la relative franchise de cet échange inédit entre Monsieur Philémon
YANG et le RACE, nous restons extrêmement dubitatifs quant à la volonté réelle du gouvernement d’agir dans le sens des
intérêts des consommateurs et du pays.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Fait à Douala, le 15 avril 2014

Pour le Bureau Exécutif du RACE

Aniel HIAG NGOG

Chargé de Communication Adjoint