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PLUS DE 133 000 HECTARES DE LA FORÊT D’EBO AU CAMEROUN ATTRIBUÉS À DES ENTREPRISES BOIS LIÉES À L’ÉLITE

D 30 mai 2026     H 05:30     A GI-TOC     C 0 messages


Publié à l’occasion de la Journée internationale de la diversité biologique, le dernier rapport du GI-TOC établit un lien entre les réseaux de commerce du bois liés politiquement et les allégations d’exploitation forestière illégale, les risques de corruption et les exportations de bois vers les marchés européens.

Genève, le 22 mai 2026– L’Initiative mondiale contre le crime organisé transnational (GI-TOC) a publié un nouveau rapport intitulé « Démanteler les réseaux d’élite du commerce du bois au Cameroun », révélant comment des intérêts commerciaux politiquement liés seraient à l’origine de l’exploitation forestière illégale et de la destruction des forêts au Cameroun.

Les forêts du Cameroun comptent parmi les plus importantes d’Afrique. Elles couvrent environ 40 % du territoire national et font partie du bassin du Congo, le plus grand puits de carbone forestier au monde. Elles sont également vitales pour la subsistance de près de 8 millions de personnes, leur fournissant nourriture, médicaments, combustible, matériaux de construction et assurant la continuité culturelle des communautés locales et autochtones. Pourtant, la déforestation au Cameroun a atteint un niveau record en 2023, avec plus de 200 000 hectares disparus cette année-là, soit l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux minutes environ.

Le rapport examine un réseau d’entreprises liées à Aboubakar Al Fatih, homme d’affaires et membre influent du Comité central du parti au pouvoir au Cameroun. Il se concentre sur Sextransbois, SCIEB, Boiscam et Camvert, sociétés ayant obtenu d’importantes concessions forestières et agroalimentaires dans des conditions opaques. Des organisations de la société civile signalent que certaines de ces concessions, accordées à ces entreprises proches du pouvoir, l’ont été sans appel d’offres public ni consultation préalable des communautés locales, comme l’exige la législation camerounaise.

Ce lancement coïncide avec la Journée internationale de la diversité biologique, dont le thème pour 2026 est « Agir localement pour un impact global ». Le rapport démontre comment la destruction des forêts locales, l’impunité des élites et l’érosion des droits des communautés au Cameroun sont liées aux marchés mondiaux du bois et aux responsabilités réglementaires internationales.

Selon l’équipe de recherche GI-TOC à l’origine du rapport :

L’exploitation forestière illégale au Cameroun n’est pas seulement un problème environnemental ; elle est aussi liée à la gouvernance, à la corruption et au crime organisé. Nos recherches montrent que l’influence politique, l’opacité des structures d’entreprise et la faiblesse des contrôles permettent la destruction de forêts riches en biodiversité, essentielles au climat et aux moyens de subsistance locaux. L’exploitation forestière illégale est lucrative ; un rapport de 2021 estime son coût annuel pour le Cameroun à environ 33 milliards de francs CFA (59 millions de dollars américains).

Le rapport accorde une attention particulière à la forêt d’Ebo, l’une des dernières forêts intactes du golfe de Guinée et l’une des plus riches en biodiversité. La forêt d’Ebo stocke environ 35 millions de tonnes de carbone et abrite des espèces rares et menacées, comme l’éléphant de forêt et le perroquet gris.

En 2023, le gouvernement camerounais a relancé deux concessions forestières dans la forêt d’Ebo : la FMU 07-005, couvrant 65 007 hectares et attribuée à SCIEB, et la FMU 07-006, couvrant 68 385 hectares et attribuée à Sextransbois. Des organisations de la société civile signalent que cette procédure a enfreint le droit camerounais, notamment les obligations relatives aux appels d’offres publics et à la consultation des communautés locales.

Le rapport documente également des allégations de corruption qui affectent chaque étape de la filière bois camerounaise, de la classification des forêts et de l’attribution des permis à la récolte, au transport et à l’exportation. Les sources interrogées par le GI-TOC ont décrit des cas de corruption, de falsification de documents, de blanchiment de bois et de défaillances répétées des mécanismes de contrôle.

Ces conclusions ont des implications qui dépassent le cadre du Cameroun. Les données douanières obtenues par le GI-TOC montrent qu’en 2023, la SCIEB a exporté des produits du bois d’une valeur de 405 millions de francs CFA (environ 0,72 million de dollars US) vers six pays de l’UE : l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, la Belgique et le Portugal. Entre janvier et octobre 2024, elle a exporté pour 138,7 millions de francs CFA supplémentaires (environ 0,25 million de dollars US) vers cinq autres pays de l’UE. Cela signifie que les importateurs de l’UE pourraient enfreindre le règlement européen sur le bois s’ils mettent sur le marché de l’UE du bois provenant d’exploitations forestières illégales.

Ce rapport s’appuie sur l’évaluation plus large du GI-TOC concernant la criminalité organisée au Cameroun. Dans l’Indice mondial de la criminalité organisée 2025, le Cameroun a obtenu un score de 7,5 sur 10 pour les infractions liées à la flore, le profil du pays décrivant le trafic illégal de bois comme « omniprésent » et de plus en plus organisé. L’Indice a noté que l’exploitation forestière illégale, le blanchiment de bois et l’utilisation abusive des permis d’exploitation sont courants, souvent facilités par les autorités locales et les négociants étrangers, et que le bois est récolté pour être exporté vers l’Asie et l’Europe.


Note méthodologique :
Ce rapport s’appuie sur des recherches primaires, notamment des documents d’entreprise et des données commerciales, ainsi que sur des entretiens avec diverses sources possédant une connaissance approfondie du secteur forestier camerounais, y compris des sociétés d’Al Fatih. Les éléments de preuve étayant les conclusions sont référencés dans le corps du rapport.

Le GI-TOC a sollicité des commentaires auprès des personnes et entités citées dans le rapport. Des courriels ont été envoyés à Alamine Ousmane Mey, Mahmoud Mourtada, Serge Mounier Baroux, Boiscam, Camvert, SCIEB, Sextransbois et Sudcam. Des messages ont été adressés à Aboubakar Al Fatih, Franck Biya, Koulsoumi Alhadji Boukar et United Development (HK) Co. Ltd. Aucune réponse ni commentaire n’a été reçu de leur part. Concernant Christine Baroux, le frère cadet de Koulsoumi Alhadji Boukar, et Rémy Ze Meka, leurs coordonnées n’ont pu être trouvées, mais tout commentaire reçu sera publié par le GI-TOC sur son site web.


À PROPOS DU GI-TOC
L’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée est une organisation de la société civile fondée en 2013 pour promouvoir des approches novatrices de lutte contre la criminalité organisée. Son réseau mondial rassemble des experts en matière de répression, de gouvernance et de développement, qui se consacrent à l’élaboration de stratégies et de réponses à la criminalité organisée. Sa mission est d’améliorer l’analyse de la criminalité organisée, d’encourager la lutte contre celle-ci et de renforcer la résilience face à ses effets néfastes sur les populations, l’environnement, les entreprises et les États.

Traduction automatique de l’anglais