Maîtriser le paradoxe congolais dans la chaîne d’approvisionnement des batteries
6 décembre 2025 05:00 0 messages
Les syndicats et les organisations de la société civile unissent leurs forces pour résoudre le paradoxe congolais de la chaîne d’approvisionnement en batteries. Ce paradoxe est flagrant dans la République démocratique du Congo (RDC), un pays doté d’immenses ressources naturelles telles que le cobalt, le cuivre, le coltan et les diamants, qui fournissent une grande partie des composants nécessaires à l’électronique et aux véhicules électriques, mais ravagé par l’extrême pauvreté, les conflits armés, la corruption et les violations des droits humains et des droits des travailleurs.
Le paradoxe congolais se traduit par l’un des PIB par habitant les plus faibles au monde, malgré des exportations minières annuelles de plusieurs milliards d’euros. Plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et des millions de personnes sont déplacées par les violences dans les provinces orientales riches en ressources.
Plus de 120 participants, issus de syndicats affiliés à IndustriALL, de coopératives minières artisanales, d’organisations non gouvernementales et de groupes communautaires, se sont réunis à Kolwezi le 9 octobre lors d’une conférence afin d’élaborer une stratégie commune pour lutter contre les violations des droits humains et des droits des travailleurs dans la chaîne d’approvisionnement en matières premières essentielles de la RDC.
La RDC regorge de ressources indispensables à la fabrication de batteries : cuivre, cobalt, tantale, lithium, etc., tous destinés aux véhicules électriques. Ces ressources sont extraites par des multinationales telles que Glencore (Kamoto Copper Company et la mine de Mutanda) et China Molybdenum (Tenke Fungurume Mining), ainsi que par des mineurs artisanaux qui produisent 30 % du cobalt du pays.
La conférence a insisté sur la nécessité de créer un forum de concertation sur ces minéraux, d’intensifier l’organisation syndicale, de formaliser l’exploitation minière artisanale, de poursuivre les discussions avec les multinationales et d’instaurer un dialogue tripartite avec le gouvernement afin d’harmoniser les intérêts tout au long de la chaîne d’approvisionnement des batteries.
Une étude d’IndustriALL, intitulée « Exploration de la chaîne de valeur du cobalt en RDC : défis, opportunités et engagement des parties prenantes », présentée par Theodore Kamwimbi du Centre pour la régulation transformative du travail de l’Université du Cap-Occidental, a été mise en lumière. Cette étude analysait en détail les opérations minières et les droits des travailleurs à Kamoto, Metalkor RTR, à la fonderie de cuivre de Lualaba et à Sicomines. À Kamoto, les sous-traitants ont bafoué le droit du travail, provoquant des grèves ; des cas de corruption d’inspecteurs ont été constatés à la fonderie ; à Sicomines, les syndicats ont débrayé en raison de désaccords lors des négociations et Metalkor a procédé à des licenciements abusifs. Le rapport a noté une baisse du travail des enfants, mais a déploré la faiblesse de l’application du droit du travail.
Antoine Kasongo, directeur national de Fair Cobalt Alliance, a déclaré :
Il faut faire davantage pour lutter contre les violations des droits de l’homme et le non-respect des normes nationales et internationales, dans l’intérêt de la communauté minière artisanale.
Il a plaidé pour des campagnes de sensibilisation et des formations sur la santé, la sécurité, l’éradication du travail des enfants et l’industrialisation locale.
Davidzo Muchawaya, responsable du secteur du travail à l’Initiative pour une assurance minière responsable (IRMA), a détaillé les aspects de la norme IRMA et l’audit en cours chez Tenke Fungurume – le premier audit réalisé par l’IRMA auprès d’une multinationale chinoise.
« Aujourd’hui, les chaînes d’approvisionnement sont mondiales », a souligné Constantin Grund, directeur de FES pour la RDC, « mais pour l’ouvrier en amont de la chaîne, rien ne change vraiment, même si des gammes entières de produits ne pourraient être fabriquées sans lui. Nous devons garantir l’équité pour tous ceux qui participent à la fabrication d’un produit, en particulier pour ces travailleurs manuels qui se donnent à fond. »
Glen Mpufane, directeur des mines et des diamants chez IndustriALL, a abondé dans ce sens.
« Les acteurs clés doivent former des alliances sur la chaîne d’approvisionnement en matières premières critiques afin de protéger les droits des travailleurs, de demander des comptes aux multinationales et d’obtenir réparation pour les communautés et les travailleurs en cas de violations. »
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