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RDC : des conditions de travail « désastreuses » dans les mines de cobalt

D 3 décembre 2021     H 07:00     A Christophe RIGAUD     C 0 messages


Deux organismes internationaux dénoncent un système « d’exploitation généralisée » dans les mines industrielles de cobalt. Salaires très bas, traitements dégradants, violences, mépris des normes de santé…l’extraction du cobalt destiné aux véhicules électriques est encore loin d’être une filière éthique.

« J’ai peut-être vu dix personnes atteintes de silicose et d’asbestose par mois. Je l’ai dit au département des ressources humaines de Sicomines et ils m’ont dit de garder le silence et d’arrêter d’en parler » témoigne un Médecin travaillant avec l’entreprise Sicomines et ses sous-traitants. « Je me suis blessé une fois et ils m’ont emmené à l’hôpital sur le site. J’ai dû revenir le lendemain pour me faire soigner, même si j’avais une énorme blessure. Ils m’ont forcé à retourner travailler. Je suis allé au service des ressources humaines pour demander un jour de congé. Mais ils ont refusé » raconte l’employé d’un sous-traitant de la société Metalkol.

Des témoignages comme ceux-là, l’organisme Rights and Accountability in Development (RAID), et le Centre d’Aide Juridico-Judiciaire (CAJJ), un centre d’aide juridique congolais spécialisé dans le droit du travail, en ont recueillis plus de 130 au cours d’une enquête détaillée menées pendant 28 mois. Cinq mines industrielles de cobalt ont été documentées : Kamoto Copper Company (KCC), Metalkol RTR, Tenke Fungurume Mining (TFM), Sino congolaise des mines (Sicomines) et Société minière de Deziwa (Somidez). Et les conclusions du rapport sur les conditions de travail dans ces entreprises et leurs sous-traitants sont édifiantes.

Les sous-traitants dans le viseur

Certains travailleurs racontent avoir reçu « des coups de pied, des gifles, des coups de bâton, des insultes, avoir été injuriés et tirés par les oreilles ». D’autres font état « de graves discriminations et d’abus dans les mines exploitées par des compagnies chinoises ». Un employé témoigne : « Notre situation est pire qu’auparavant. Les Chinois viennent imposer leurs normes et leur culture. Ils ne traitent pas bien les Congolais. C’est une nouvelle colonisation. » En cause, des violations systématiques du droit du travail, liées principalement à l’utilisation excessive de sociétés sous-traitantes. Les chiffres officiels parlent d’au moins 57% de la main-d’oeuvre qui serait fournie par des sous-traitants. « Dans certaines mines, ce pourcentage était nettement plus élevé » note le rapport.

L’utilisation de la sous-traitance permet de réduire les coûts, « mais aussi de limiter leur responsabilité en matière de sécurité des travailleurs et éviter que les travailleurs n’adhèrent à des syndicats ». Selon l’enquête, les travailleurs gagnent des salaires « souvent bien inférieurs au salaire de subsistance de 402 USD par mois » et ne reçoivent pas de prestations de santé. Ce qui est contraire aux lois congolaises. Ces emplois ne permettent pas aux travailleurs congolais de sortir de la pauvreté. « Nous travaillions dur, sans aucune pause, pour 2,5 USD par jour. Si vous ne compreniez pas ce que le patron vous disait, il vous giflait. Si vous aviez un accident, ils vous mettaient à la porte ».

Les constructeurs de véhicules électriques ferment les yeux

Quatre des cinq mines présentées dans le rapport déclarent pourtant avoir élaboré des normes internes en matière de droits humains, avoir adhéré à des initiatives du secteur pour une exploitation minière plus éthique ou avoir pris des engagements publics pour promouvoir et défendre les droits de leurs travailleurs. « Cependant, la mesure dans laquelle ces engagements sont transposés dans la pratique est souvent peu claire » se désolent Rights and Accountability in Development et le Centre d’Aide Juridico-Judiciaire. Selon Anneke Van Woudenberg, Directrice exécutive de RAID, « Les affirmations de l’industrie minière selon lesquelles l’extraction à grande échelle de cobalt au Congo est « propre », « durable » et « exempte de violations des droits humains » ne sont tout simplement pas à la hauteur de la réalité ».

Avec le boum des véhicules électriques, la demande de cobalt devrait exploser dans les 30 prochaines années. Et plus de 70% du cobalt mondial est extrait au Congo. L’enquête de RAID et de CAJJ révèle que le cobalt destiné aux batteries des véhicules électriques « repose en grande partie sur un système de main-d’oeuvre bon marché et l’exploitation de milliers de travailleurs congolais. » Pour Josué Kashal, Responsable du suivi et de l’évaluation à CAJJ, « L’explosion des ventes de véhicules électriques devrait être l’occasion de sortir la population congolaise de la pauvreté, mais les récits désespérés des travailleurs des mines de cobalt du Congo racontent une autre histoire ».

Les fabricants de véhicules électriques, General Motors, Renault, Tesla, Toyota, Volkswagen, Volvo cherchent souvent à démontrer qu’elles s’approvisionnent en minerais « de manière responsable ». Mais pour RAID et CAJJ, qui tracent le cobalt sur toute la chaîne d’approvisionnement, « aucune des initiatives du secteur visant à démontrer que le cobalt est “propre“ n’est contraignante ». Ces deux organisations demandent donc aux sociétés minières de mettre fin à ces mauvaises pratiques (sous-traitance, bas, salaires, mauvaises conditions de travail, violences…), mais elles souhaitent également que les constructeurs automobiles prennent leurs responsabilités en mettant fin aux contrats avec des fournisseurs de cobalt « qui ne prennent pas les mesures adéquates pour remédier à l’exploitation des travailleurs ». Pour Anneke Van Woudenberg, « L’urgence de la crise climatique exige une action de la part du secteur et des gouvernements, qui ne sacrifie ni les personnes ni la planète ».

Christophe Rigaud – Afrikarabia

http://afrikarabia.com/

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