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Ali Bongo, le début de la fin

D 12 novembre 2018     H 12:05     A Mondafrique     C 0 messages


Au Gabon, depuis l’annonce de l’Hospitalisation d’Ali Bongo suite à un accident vasculaire cérébral, le régime est entré dans une course contre la montre avec pour but d’éviter la constatation de la vacance du pouvoir qui consacrera la fin du règne d’Ali Bongo. Une chronique de Jocksy Ondo-Louemba.

L’annonce de l’hospitalisation d’Ali Bongo en Arabie Saoudite au King Fayçal Hospital de Ryad le Mercredi 24 Octobre 2018, annoncée par l’agence de presse gouvernementale d’Arabie Saoudite, entraine son régime dans une pente raide qui pourrait lui être fatale. Le Gabon, fonctionne sans son chef. Certains pourraient en tirer quelques conclusiins hatives sur la marche du pays.

Le clan Bongo mobilisé

En l’absence d »Ali Bongo du Gabon, le clan familial continue à administrer le pays. A la tête de l’appareil sécuritaire se trouve le général Grégoire Nkouna, commandant en chef de la Garde Républicaine, cousin d’Ali Bongo. Cet homme commande le corps le mieux équipé, le mieux entrainé et encadré par des cadres militaires étrangers expérimentés. Forte de près de 2000 hommes ce corps s’est déjà déployé à plusieurs reprises pour sauver le régime Bongo du temps du père (1990, 1993, 1994 et 2006…) et récemment du temps du fils avec l’assaut du quartier général de son principal opposant Jean Ping en Aout 2016. Conçue pour protéger le pouvoir quel qu’en soit le prix elle est prête à faire le coup de feu une fois de plus.

Les renseignements sont tenus par le très puissant et redouté frère d’Ali Bongo, Frédéric Bongo, Franco- Gabonais, Colonel de la Garde Républicaine, formé à Saint Cyr. Il a pour mission d’assurer le maillage du pays, de prévenir d’éventuels secousses, éliminer les agitateurs, intimider les moins téméraires avec les importants moyens humains et financiers dont il dispose.

L’administration est gérée par Lacruche Alihanga le Directeur de cabinet qui outrepassait déjà ses prérogatives du temps de la présence d’Ali Bongo. Laccruche Alihanga est le véritable premier ministre du pays meme si la constitution gabonaise prévoit qu’en cas d’empêchement du Président de la République du Gabon au Premier Ministre Emmanuel Isozet Ngondet assure les affaires courantes.

Au plan juridique, le clan Bongo peut compter sur l’inamovible Présidente de la Cour Constitutionnelle du Gabon : Marie Madeleine Mborontsuo, totalement dévouée au clan Bongo qu’on ne présente plus.

Le compte à rebours

Ce dispositif qui fonctionne actuellement pourrait être mis à mal si Ali Bongo Bongo ne se rétablit pas avant le 31 Décembre 2018. Pourquoi cette date ? Ali Bongo sera tenu, sinon obligé de s’adresser aux gabonais dans un message télévisé et qu’à ce moment il faudra bien qu’il se montre et qu’il montre qu’il est au moins capable de lire un discours pendant un quart d’heure. Si Ali Bongo n’apparait pas sur les écrans, cela consacrera un peu plus de deux mois d’absence à la tete de l’Etat. Cela conduira la situation politique du Gabon à évoluer très rapidement.

S’il l’on ne peut prédire avec exactitude ce qui pourrait se passer si Ali Bongo ne revenait pas au pouvoir dans les prochains mois, on peut au regard de la situation, des mécanismes et des forces en présence penser que la situation pourrait déboucher sur l’un des trois scénarios possibles qui excluent d’emblée une prise du pouvoir par l’opposition réunie autour de Jean Ping qui se trouve toujours à ce jour interdit de quitter le Gabon et qui joue sur une stratégie de pourrissement de la situation.

Premier scénario : « une issue à la Bouteflika »

Le premier scénario, le plus probable, qui découlerait d’une absence très prolongée d’Ali Bongo est la gestion continue du Gabon par les membres clés du clan Bongo. En effet, si la « vacance du pouvoir » existe bel et bien dans la Constitution du Gabon (Article 13, L.47/2010 du 12 janvier 2011), cette disposition constitutionelle est pour le moins vague. D’abord, il n’y a pas de durée prévue. Ali Bongo peut légitimement se porter absent à la tete du Gabon pendant un an sans que la vacance du pouvoir soit constatée puisqu’aucun délai n’est fixé par la constitution gabonaise. La constitution prévoit qu’en cas d’incapacité du président à exercer le pouvoir temporairement, il revient au Premier ministre d’assurer les affaires courantes. Meme si la réalité est autre comme nous avons pu le dire plus haut. Il faut surtout retenir que seuls le Gouvernement (statuant à la majorité absolue de ses membres) et les deux chambres du parlement gabonais ( statuant ensemble à la majorité de leurs membres) sont habilités à non pas constater la vancance du pouvoir mais à saisir la Cour Constitutionelle qui est seule habilitée à le faire.

Deuxième scénario : Une transition façon 2009

De deuxième scénario, plus hypothétique, serait que passé le 31 Décembre 2018 que la vacance du pouvoir soit constatée. Ce qui signifierait que la preuve irréfutable et publique de l’incapacité d’Ali Bongo à gouverner aura été faite. A partir de ce moment, la Cour Constitutionnelle investira la Présidente du Sénat, Lucie Milebou Aubusson épouse Mboussou membre du Parti Démocratique Gabonais, comme présidente de la République par intérim. La nouvelle présidente de la République aura pour mission d’organiser la transition ainsi qu’une nouvelle élection présidentielle dans les 45 jours, délai qui pourrait etre prolongé après saisie et accord de la Cour Constitutionnelle. Rappelons que si cette élection à lieu, elle ne garanti pas la victoire puis la prise du pouvoir par l’opposition puisque tous les mécanismes et les acteurs qui ont veillé à ce que le pouvoir ne soit pas perdu par « le clan » sont toujours en place et toujours aussi puissants.

Troisième scénario : Un durcissement de la junte militaire

Le troisième scénario, plus catastrophique, pourrait être la prise du pouvoir directement par la garde républicaine qui se refuserai de donner à un civil autre qu’un Bongo. Ce scénario pourrait etre la seule issue possible pour les membres du clan Bongo – enfants compris – qui ne dispose pas d’une personnalité politique capable ne se serait-ce que de donner l’illusion d’une stature d’homme d’Etat à une élection présidentielle anticipée en 2019. La seule inconnue serait l’accueil que ferait la communauté internationale – en tête de laquelle la France – à un tel régime qui aura laissé tomber le costume cravate pour le treillis, révélant ainsi sans artifices sa nature intrinsèque.

Bien entendu, tout ceci ne sont que des hypothèses puisque pour l’heure, officiellement, Ali Bongo va bien. Il se remet toujours d’une « fatigue sévère » ! Très sévère même !

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