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Grève de la faim illimitée des leaders syndicaux au Gabon Rapport de mission

D 4 octobre 2011     H 04:34     A Education International     C 0 messages


A l’occasion du renouvellement de notre passeport à Libreville du 15 au 23 septembre dernier, nous avons, entre autres, rencontré au siège du SENA (Syndicat de l’Education Nationale), le mardi 20 septembre en milieu d’après-midi, les enseignants leaders syndicalistes de la ‘’Convention Nationale des Syndicats du Secteur Education (CONASYSED)’’.

En fait, nous sommes joints à une réunion programmée par eux, et dont nous avons été informés le jour même, avec pour objectif évaluer l’impact de la grève de la faim qu’ils ont commencée le 03 septembre, en vue d’obtenir le paiement de leurs salaires suspendus par le Ministère de l’Education neuf mois auparavant. Bien plus que l’évaluation de l’impact de la grève de la faim, ils ont également procédé à la critique des comportements des uns et des autres pendant la durée de cette action qui n’a pas été observée avec la même rigueur et le même enthousiasme par toutes les personnes concernées, notamment le Secrétaire Général du SENA, Fridolin Mvé Messa et celui du SAEG (Syndicat Autonome des Enseignants Gabonais), Simon Ndong Edzo ; comportements fermement dénoncés par les autres leaders en ce qu’ils étaient de nature à décrédibiliser une action pourtant décidée démocratiquement.

Pour les besoins du présent rapport et en vue d’une meilleure compréhension des étapes de la crise ayant conduit à la grève de la faim, et à son dénouement temporaire le 18 septembre (à mon départ du Gabon le 23 septembre, il régnait une telle cacophonie entre les services du Premier-Ministre et ceux du Ministre de l’Education, que le paiement à terme des salaires des grévistes était loin d’être assuré). Voici donc les étapes essentielles du conflit.

En août 2008, une énième analyse exhaustive des problèmes auxquels sont confrontés les enseignants au Gabon, est organisée par tous les syndicats du secteur Education. De cette analyse il sera aura retenu essentiellement que tous ces problèmes ne procèdent en réalité des promesses non tenues par les Gouvernements successifs depuis une quinzaine d’années.
A l’issue de ces travaux, la quasi-totalité des syndicats du secteur Education - désormais regroupés au sein d’une convention expressément créée et dénommée ‘’Convention Nationale des Syndicats du Secteur Education (CONASYSED)’’- ont déposé sur la table du Gouvernement, une plate forme de revendications communes reprenant essentiellement les points récurrents de revendications relatives aux déplorables conditions de vie et de travail des enseignants, aux conséquences négatives sur le système éducatif gabonais.
Alors que la CONASYSED s’attendait à ce que le Gouvernement accepte d’examiner avec ses représentants les propositions syndicales pendant la période des vacances scolaires, c’est plutôt par le silence et le mépris qu’il éconduira les demandes de négociations au point où il s’en est suivi malheureusement une longue grève déclenchée le 04 octobre 2008, et qui a duré trois (3) mois.
Au terme de longues négociations exigées du gouvernement par le Chef de l’Etat, est ainsi signé le 13 janvier 2009 - entre la CONASYSED et le Gouvernement - en présence du Président El Hadj Omar BONGO ONDIMBA, un Protocole d’Accord détaillé des positions défendues par les parties et les solutions convenues pour répondre aux demandes des organisations syndicales. Ce sont les violations incessantes du calendrier d’exécution dudit protocole, et par la suite de l’Acte Additionnel audit Protocole d’Accord (conjointement signée le 14 décembre 2009 entre l’actuel Gouvernement et la CONASYSED) qui seront à l’origine de multiples grèves organisées depuis lors – il y a trois (3) ans - jusqu’à aujourd’hui.

Les raisons de la grève de la faim.

De fait, l’inobservation des dispositions du Protocole d’Accord et de son Acte Additionnel avait déjà, depuis quelques mois, donné lieu à des mouvements d’humeur des enseignants et d’autres personnels de l’enseignement, y compris des enseignants recrutés à l’étranger pour palier à l’insuffisance des effectifs, regroupés au sein du SECEG, et dont l’exercice du droit de grève n’est pas clairement codifié au Gabon.

Le 2 juillet 2010, s’est tenu une réunion du Comité de Suivi, instance formelle regroupant les représentants du gouvernement (tous les ministères dont des attributions impactent sur le secteur de l’éducation) et ceux de la CONASYSED, pour faire le bilan des actions entreprises conformément aux engagements antérieurs. La CONASYSED relève que très peu de choses ont été faites. A la suite de quoi le Ministre de l’Education Nationale, M. Séraphin Moundounga, interrompt unilatéralement le dialogue avec les syndicats et met fin au respect du principe de la négociation collective.

C’est donc tout naturellement que du 5 au 16 octobre 2010, à l’occasion de la rentrée des classes, la CONASYSED et le SECEG se mettent en grève d’avertissement, pour tenter d’obtenir du gouvernement simplement l’application des Accords signés. Là-dessus, il n’y aucune réaction du gouvernement et les travaux du Comité de Suivi sont toujours gelés. Ce silence va persister jusqu’au 10 avril 2011.

Entre temps, le 25 janvier 2011, le Ministre de l’Education Nationale ordonne la suspension des salaires des leaders de la CONASYSED, au motif mensonger et illégal qu’ils n’ont pas organisé le service minimum requis par la loi en cas de grève. Cette décision est suivie les 17 et 18 février 2011 de la réunion du Conseil de discipline devant lequel sont convoqués les neuf (9) leaders de la CONASYSED au motif qu’ils n’ont pas observé la circulaire ministérielle les enjoignant de violer les dispositions de la loi 18/92 relative l’organisation du service minimum dans le secteur public.
Ces mesures du Ministre ont suscité l’incompréhension et la colère des organisations syndicales, qui se sont vues ainsi, à tort ou à raison, flouées par un Ministre qui ne cache pas sa volonté de réduire les syndicats au silence par tous les moyens. D’où le déclenchement d’une autre grève dès le 11 avril. Son objet est de réclamer le paiement des salaires suspendus, y compris les arriérés à compter du 25 janvier. Le gouvernement, suite aux pressions tant internes qu’externes qui commencent à s’exprimer, acceptent de payer les salaires et arriérés des enseignants membres du SECEG (les expatriés), car menacés d’être renvoyés dans leurs pays d’origines respectifs, ils n’ont pas participé au mouvement de grève déclenché le 11 avril.

En désespoir de cause, et malgré les appels à la sérénité et à la reprise au dialogue lancés par les partenaires de l’école, dont la Fédération des Parents d’Elèves et des organisations de la société civile, le gouvernement est demeuré sourd. C’est cette surdité et l’arrogance du Ministre Moundounga qui ont fini par décider la CONASYSED et ses neuf (9) leaders à faire la grève de la faim illimitée.

Dénouement temporaire

Depuis le commencement de la grève de la faim dont le site choisi est la cathédrale de Libreville (les grévistes disent trouver en ce lieu l’assurance que les forces de Police ne pourraient le violer pour les disperser ou pour les conduire manu militari dans un centre de soins de santé en cas de dégradation de leur état de santé – comme ce fut le cas d’un autre gréviste de la faim qui, quelques mois avant, voulait obtenir le départ des troupes françaises – militaires - stationnées au Gabon depuis plus de 50 ans), l’Archevêque de Libreville a entrepris de faire le go between entre la CONASYSED et le gouvernement. C’est au terme de son intermédiation que le gouvernement a, le 18 septembre 2011, rendu public un communiqué par lequel il s’engage de rétablir les salaires suspendus le 25 septembre, avec effets au 25 janvier. Le même jour, le grève de la faim a été suspendu jusqu’au constat de paiement des salaires et des arriérés dus.

Conclusion

La CONASYSED considère que les autorités gabonaises, à travers d’innombrables violations de la Constitution, des lois et règlement en vigueur, des recommandations et conventions internationales pertinentes adoptées et / ou ratifiées en toute connaissance de cause, cachent mal leur volonté de museler l’expression du droit syndical ; et partant voudraient confisquer à tout jamais les libertés fondamentales et aliéner définitivement les droits humains et syndicaux au Gabon. Elle sollicite de ce fait la vigilance et la fermeté de la communauté internationale, si elle ne veut pas que le pays sombre à son tour dans des violences dont personne ne peut prévoir ni la nature, ni la durée ni la gravité.

Pour notre part, nous suggérons que l’Internationale de l’Education et ses affiliés devraient sensibiliser la même communauté internationale et les partenaires financiers du Gabon, dont singulièrement la France, les institutions des Nations Unies et de l’Union Européenne, et l’Union Africaine de sorte qu’elles manifestent la plus grande attention possible aux cas de violations des droits humains et au bâillonnement de la libre expression des principes démocratiques sans le respect desquels le pays peut sombrer dans l’intolérance et la violence civile, politique et pourquoi pas militaire.

En effet, lorsqu’on additionne les atteintes à la liberté et au droit syndical ; les attaques et les menaces à peine voilées du gouvernement contre les organisations et personnalités de la société civile militant pour des élections libres, honnêtes et transparentes ; l’abolition de partis politiques régulièrement constitués et les atteintes à la liberté de la presse ; les manipulations des listes électorales, il y a lieu de craindre une explosion sociale dont les effets ondulatoires pourraient être dévastateurs face à un régime qui n’hésite pas à faire un usage démesuré de la force policière et / ou militaire.

Samuel Ngoua Ngou
Education International
Accra, le 28 septembre 2011.