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Sarkozy au Gabon : Merci Bongo

D 3 avril 2010     H 10:55     A Robin Guébois     C 0 messages


C’est dans le berceau historique de la Françafrique que Sarkozy nous a rejoué le sketch de la « rupture ». Mais s’il a choisi de s’y rendre pour la troisième fois depuis le début de son mandat, c’est que la visite n’est pas désintéressée.
Après avoir été accueilli par des chœurs chantant « Opération France-Afrique, amitié franco-gabonaise, amitié légendaire... », après s’être recueilli devant la tombe d’Omar Bongo, c’est dans la cité de la démocratie que Nicolas Sarkozy a salué la victoire d’Ali Bongo aux élections présidentielles du 30 aôut dernier, et qu’il a qualifié le nouveau rapt électoral du clan Bongo d’ « ancrage à la démocratie ». Plus discrètement, il a même décoré son hôte de la légion d’honneur, distinction en principe offerte en raison de services rendus à la France… Dans le même temps, Sarkozy promettait pourtant la fin du « pré carré » et une « refondation exemplaire » des relations avec l’Afrique. Pour le Gabon, c’est un nouveau « partenariat stratégique » dans « tous les domaines » qui est censée incarner cette « relation décomplexée ». « Vous et moi ignorons le contenu réel de ce qui est communément et confusément appelé Françafrique mais nous assumons courageusement cet héritage historique riche d’aspects aussi bien positifs que négatifs », lui a répondu Ali Bongo, ajoutant : « Heureusement, vous et moi considérons que la politique des tutorats, des réseaux et des leçons est aujourd’hui révolue ». Pour preuve, l’émissaire officieux Robert Bourgi faisait parti des « invités personnels » de Sarkozy, et était arrivé dans l’hélicoptère de Bongo…
Le nouveau « partenariat » se veut diplomatique, à l’heure où le Gabon vient d’entrer au Conseil de sécurité, mais surtout militaire. En effet, conformément aux recommandations du dernier Livre blanc sur la défense, Sarkozy venait d’annoncer la fermeture de la base militaire du Sénégal (où resteront néanmoins prépositionnées quelques centaines de soldats…). Celle de Libreville, à l’inverse, sera maintenue. Dans le même temps, le vieil accord de défense est remplacé, après celui du Togo et du Cameroun, par un nouvel accord militaire qui, à la différence du précédent, n’est plus censé comporter de clauses secrètes relatives au maintien de l’ordre par l’armée française, et ceci pour « en finir avec les clichés, les fantasmes et les procès d’intention. » Les dispositions de ce nouvel accord, si l’on en croit certaines sources (car en dépit de promesses réitérées, il n’a pas encore été publié) serait néanmoins plus étendues que celles qui régissent par exemple l’accord de coopération militaire avec le Tchad, pays dans lequel les militaires français ne se privent pourtant ni d’intervenir militairement en permanence, ni même de s’ingérer dans la vie politique locale. Le texte seul ne signifie donc pas grand-chose, tout dépend de son application…
L’autre domaine privilégié est bien entendu « le climat des affaires » entre le Gabon et la France. Devant les expa triés français, Sarkozy a annoncé la création d’un « Conseil franco-gabonais des affaires qui permettra, tous les trimestres, aux chefs d’entreprises français de rencontrer les ministres gabonais en charge de l’économie pour parler des problèmes qui se posent à [eux] au quotidien sur le plan juridique, sur le plan fiscal, sur le plan commercial. » Parions que les patrons gabonais ne bénéficient pas du même privilège ! Quand on sait que les membres du clan au pouvoir sont fréquemment recylés par ces mêmes entreprises françaises (Total, Maurel & Prom, Eramet, Rougier ou encore Bolloré dans le conseil d’administration duquel siège la famille Bongo…), nulle doute que les minisrtres gabonais sauront se montrer compréhensifs. Sarkozy s’est également défendu de regretter la concurrence chinoise. Hypocrisie ? Pas forcément. Si certaines entreprises françaises (dans le BTP par exemple) ont vu leurs monopoles remis en cause, d’autres profitent au contraire des investissements chinois, comme Bolloré dans la logistique et le transport. Contrairement à ce que prétendent les présidents français et gabonais, au plan militaire comme au plan économique, le « pré carré » a, au détriment des populations gabonaises, malheureusement de beaux restes…
Robin Guébois

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