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Un critique emprisonné au Rwanda risque une peine de 30 ans.

Six ans après la mort de Kizito Mihigo, la répression de la liberté d’expression se poursuit.

D 4 mars 2026     H 05:00     A Clémentine de Montjoye     C 0 messages


La semaine dernière marquait le sixième anniversaire de la mort de Kizito Mihigo, chanteur de gospel rwandais et militant pour la paix, décédé en garde à vue. Si les circonstances de sa mort restent inexpliquées, elle a clairement illustré le durcissement de la répression de la liberté d’expression par le gouvernement .

Survivant du génocide de 1994, Mihigo a consacré sa musique au pardon et à la compassion. Il a été arrêté en 2014 pour atteinte à l’État, suite à une chanson qu’il avait écrite en signe de solidarité avec les victimes du génocide et les personnes tuées lors des représailles. Bien qu’il ait été gracié en 2018, il a déclaré à Human Rights Watch qu’il restait sous étroite surveillance.

Le 17 février 2020, les autorités rwandaises ont annoncé le décès de Mihigo dans une cellule du commissariat de police de Remera, quatre jours après sa nouvelle arrestation alors qu’il tentait de quitter le pays. Avant sa mort, Mihigo avait déclaré à Human Rights Watch qu’il était menacé et craignait d’être assassiné par des agents de l’État.

La volonté de Mihigo de remettre en question certains aspects du récit officiel du gouvernement concernant le génocide a fait de lui une cible. Après sa mort, des survivants du génocide ont publiquement critiqué le Front patriotique rwandais (FPR), parti au pouvoir, et exigé que justice soit faite. Aucune enquête crédible n’a été menée sur sa mort.

Six ans plus tard, d’autres critiques de premier plan restent emprisonnés. Le blogueur et commentateur Aimable Karasira est détenu depuis mai 2021 et a déclaré avoir été torturé en détention. Avant son arrestation, il avait témoigné publiquement avoir perdu des membres de sa famille, victimes des extrémistes hutus et du FPR pendant et après le génocide.

En septembre 2025, Karasira a été reconnu coupable d’incitation au « divisionnisme » et condamné à cinq ans de prison. Moins d’un an avant la fin de sa peine, le parquet a fait appel de la décision de l’acquittement pour plusieurs chefs d’accusation, notamment négationnisme et justification du génocide, et a requis une peine de 30 ans. Ses comptes bancaires restent gelés.

Si les gouvernements ont le devoir de lutter contre l’incitation à la violence et les discours de haine, les autorités rwandaises ont eu recours à plusieurs reprises à des lois aux contours très larges sur « l’idéologie du génocide » et le « négationnisme du génocide » pour faire taire la dissidence.

La mort de Mihigo en détention et les poursuites engagées contre Karasira mettent en lumière les représailles auxquelles s’exposent ceux qui contestent le discours officiel au Rwanda. Alors que Karasira risque une peine de plusieurs décennies, le système judiciaire rwandais et sa volonté de protéger la liberté d’expression, notamment celle des victimes et des survivants des crimes les plus graves, sont mis à l’épreuve. Les autorités devraient libérer toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé ce droit fondamental, à commencer par Karasira.

Clémentine de Montjoye

Source : https://www.hrw.org