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Des ONG françaises et internationales appellent le Tchad à libérer les activistes détenus illégalement

D 11 mai 2017     H 06:26     A     C 0 messages


Tchad : le harcèlement contre Nadjo Kaïna et Bertrand Solloh doit cesser immédiatement

Nadjo Kaïna Palmer et Bertrand Solloh Gandere, figures de proue du mouvement de jeunes « Iyina » et membres de la campagne internationale « Tournons la page », sont détenus au Tchad depuis plusieurs semaines.

Leur procès s’ouvre le 4 mai alors qu’ils ont été torturés avec des sacs de piment sur la tête et des jets d’eau à forte pression pendant leur détention au secret. La peine de cinq ans de prison ferme pour « tentative de complot » et « provocation à l’attroupement » qui a été requise à leur encontre le 27 avril par le procureur de la République est significative d’un régime agissant dans l’impunité la plus totale et souhaitant faire taire toute voix dissidente.

Nous, associations et mouvements citoyens d’Afrique et d’Europe, exigeons leur libération immédiate et sans condition.

Le 26 avril, le Procureur de la République de N’Djamena a inculpé les activistes Nadjo Kaïna Palmer et Bertrand Solloh Gandere pour « tentative de complot » et de « provocation à l’attroupement ». Le lendemain une peine de cinq ans de prison ferme était requise contre eux et leur sort renvoyé en délibéré au 4 mai 2017.

Alors qu’au même moment, à Dakar, Hissène Habré est condamné à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture commis entre 1982 et 1990 lorsqu’il était au pouvoir au Tchad, le régime d’Idriss Deby Itno harcèle en toute impunité les mouvements citoyens. Rappelons que Monsieur Idriss Deby Itno est l’ancien chef d’Etat-major d’Hissène Habré et que le Tchad a, depuis le 9 juin 1995, adhéré à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les avocats de Nadjo Kaïna Palmer et Bertrand Solloh Gandere s’inquiètent des sévices subis par les activistes qui ont été détenus au secret dans les geôles de l’Agence Nationale pour la Sécurité (services de renseignements) pendant respectivement 16 et 8 jours : « Ils ont été enchaînés, ils ont eu des sacs de piment sur la tête, des jets d’eau à forte pression... ça ne laisse pas trop de traces mais vous voyez qu’ils ont le visage tuméfié », a affirmé hier à la presse Me Dainonet.

Les violations des droits humains dont sont victimes les voix dissidentes au Tchad sont de plus en plus nombreuses depuis la réélection contestée d’Idriss Deby Itno en avril 2016. Nadjo Kaïna et d’autres membres éminents de la société civile tchadienne avaient d’ailleurs été détenus pendant plusieurs semaines, en mars, peu avant le scrutin, à la suite d’un appel à manifester, un droit pourtant inscrit dans la Constitution du Tchad.
Face à des mouvements pacifiques, unis et capables de mobiliser largement, des régimes de plus en plus illégitimes utilisent la violence et instrumentalisent la justice. Le combat pour la démocratie, parce qu’il porte ses fruits en Afrique, est aujourd’hui de plus en plus risqué.

Ensemble, nous rappelons que la liberté d’expression est un droit inaliénable et que réclamer plus de justice et de liberté ne constitue, ni au Tchad, ni ailleurs, un quelconque forfait.

Face à ce constat qui dépasse le Tchad, nous, associations, mouvements et citoyens africains et européens :

- condamnons les violences commises par les autorités tchadiennes ;
- exigeons la libération immédiate de MM. Kaïna Palmer et Solloh Gandere et l’abandon des charges retenues à leur encontre ;
- réclamons de la justice tchadienne l’ouverture d’une enquête concernant les actes de tortures, des traitements inhumains ou dégradants infligés aux militants pacifistes par les agents de l’ANS, entité de l’Etat relevant directement de la présidence de la République ;
- appelons à la fin des poursuites et violences systématiques à l’encontre des membres de la société civile qui réclament de manière pacifique la démocratie et l’instauration d’un véritable Etat de droit au Tchad.

Signataires :

- France : ACAT ; Amnesty International ; CCFD - Terre Solidaire ; Secours-catholique Caritas France ; Survie
- Gabon : Ca suffit comme ça, Brainforest
- Burundi : Halte au 3e mandat
Tchad : Iyina ; Ca suffit ; Trop, c’est trop ; CSAPR
- Niger : ROTAB ; Mouvement des jeunes Républicains
- Congo-Brazzaville : Commission Justice et Paix Pointe Noire ; Sassoufit
- RDC : Nouvelle Dynamique de la Société Civile

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