Djibouti : L’ARD dénonce une confiscation du pouvoir et une violation continue de la Constitution
Communiqué de presse du représentant de l’ARD en Europe
26 novembre 2025 17:30 0 messages
L’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), membre du Bloc pour le Salut National (BSN) et signataire de la Charte pour la Transition à Djibouti (CTD), condamne avec la plus grande fermeté la désignation, ce 8 novembre 2025, d’Ismaël Omar Guelleh comme candidat du RPP à un sixième mandat lors de la présidentielle d’avril 2026.
Cette investiture intervient moins d’une semaine après la ratification, le 2 novembre 2025, de la suppression de la limite d’âge présidentielle par une Assemblée nationale monocolore, verrouillée par le pouvoir. Elle s’ajoute à la révision de 2010, qui avait déjà supprimé la limitation à deux mandats, et s’inscrit dans une longue série de manipulations constitutionnelles destinées à transformer la magistrature suprême en fonction à vie.
Depuis l’indépendance de 1977, Ismaël Omar Guelleh a construit ce système de confiscation progressive du pouvoir. Nommé cette année-là par le président Hassan Gouled Aptidon au poste stratégique de chef de cabinet, il a conservé cette fonction plus de vingt ans, tout en cumulant la direction des services de sécurité et de renseignements. Ce double rôle lui a permis d’installer un contrôle étroit de la société djiboutienne, d’encadrer l’espace politique et de façonner, dans l’ombre, un État où toute contestation est perçue comme une menace.
Arrivé officiellement à la présidence en 1999, après deux décennies passées au cœur de l’appareil sécuritaire, Ismaël Omar Guelleh avait pourtant pris des engagements publics à ne pas modifier la Constitution à son profit. Ces promesses ont été trahies en 2010, lorsque la limitation du nombre de mandats a été levée, puis en 2025, avec la suppression de la limite d’âge prévue à l’article 23. La séquence des derniers mois – alerte publique d’un ancien conseiller du président dénonçant un « putsch législatif » et un « braquage institutionnel », vote parlementaire du 26 octobre, ratification du 2 novembre, investiture du 8 novembre – confirme l’existence d’un véritable coup d’État constitutionnel.
Cette fuite en avant institutionnelle se double d’un bilan alarmant en matière de droits humains et d’État de droit. Djibouti figure au 168ᵉ rang sur 180 dans le classement 2025 de Reporters sans frontières, qui décrit un paysage médiatique « complètement verrouillé » et dominé par les seuls médias d’État. En 2022, la FIDH rappelait déjà que les élections « ne sont pas libres à Djibouti » et que l’opposition comme la société civile ne disposent d’aucun espace de liberté d’expression et d’organisation véritable.
Le communiqué de la CTD du 28 octobre 2025 a documenté la multiplication des arrestations arbitraires, des détentions prolongées sans procès et des poursuites visant militants, journalistes, défenseurs des droits humains et simples civils vivant dans des zones stigmatisées comme « rebelles ». Des éleveurs arrêtés à Daoudawya en février 2024 demeurent ainsi détenus dans des conditions préoccupantes, symbole de la criminalisation de toute voix considérée comme dissidente.
L’ARD rappelle également la gravité des faits liés aux frappes de drones menées en janvier 2025 sur le territoire éthiopien, notamment dans la zone de Siyarou, qui ont causé la mort de plusieurs civils, dont des femmes et des enfants. Ces attaques appellent une enquête internationale indépendante et transparente afin d’identifier les responsabilités et d’assurer justice aux victimes. Un régime qui prétend se maintenir au nom de la « stabilité » tout en exportant la violence au-delà de ses frontières perd toute légitimité morale et politique.
Derrière les discours officiels de « continuité » et de « sécurité », la réalité que vivent les Djiboutiennes et les Djiboutiens est celle d’une stabilité confisquée, avec un système où la peur, la répression et la fermeture du champ politique remplacent le débat public, la compétition électorale loyale et l’alternance. Plus de la moitié de la population n’a connu qu’un seul président, dans un contexte où l’opposition est interdite de légalité, contrainte à l’exil ou réduite au silence par la prison et les intimidations.
Face à cette dérive, l’ARD :
· rejette catégoriquement la candidature d’Ismaël Omar Guelleh à un sixième mandat et la modification constitutionnelle qui la rend possible ;
· dénonce la transformation de la Constitution en simple instrument de prolongation personnelle du pouvoir, au mépris de la souveraineté populaire ;
· exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et des civils arbitrairement détenus, notamment ceux de Daoudawya ;
· soutient l’appel de la CTD à l’ouverture d’une enquête internationale sur les frappes de drones en Éthiopie et à la mise en place d’une véritable transition démocratique ;
· appelle les partenaires internationaux de Djibouti à conditionner leur coopération au respect effectif des droits humains, de l’État de droit et de l’alternance pacifique.
La modification constitutionnelle de 2025 n’est pas une simple révision technique : elle consacre la remise en cause de l’essence même de la démocratie, de l’égalité politique et de la souveraineté populaire. Le pouvoir ne doit pas être un privilège perpétuel ; un président n’est pas l’égal de la Constitution, il en est le garant ; la liberté politique d’un pays se mesure à sa capacité à renouveler ses gouvernants.
L’ARD appelle enfin tous les Djiboutiens et toutes les Djiboutiennes, ainsi que les forces démocratiques et les organisations internationales, à se mobiliser pacifiquement pour que l’avenir de Djibouti revienne à son peuple et non à un homme, à un clan ou à un parti.
Maki HOUMED-GABA
Représentant de l’ARD en Europe
Paris, le 10 novembre 2025
Dans la même rubrique
6 septembre – France-Djibouti : pétition contre un arbitraire de plus !
1er mai – Simulacre d’élections à Djibouti
12 novembre 2025 – Non à la modification de la Constitution de la République de Djibouti
22 avril 2023 – Djibouti : nouvelle arrestation arbitraire d’un opposant politique
19 mars 2023 – Expulsion d’Alexis Deswaef de Djibouti : les explications des autorités ne sont pas satisfaisantes
Afriques en Lutte