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En Éthiopie, un syndicat digne de ce nom

D 3 octobre 2025     H 05:30     A Paul Martial     C 0 messages


Un exemple d’une centrale syndicale qui se renforce dans les batailles sociales et maintient son indépendance vis-à-vis des autorités en dépit des pressions politiques.

Une note d’optimisme ! En Éthiopie le syndicalisme progresse. De 2015 à 2019 les syndicats d’entreprise sont passés de 918 à 1 901 et le nombre de syndiquéEs de 415 000 à 615 000. Actuellement, on compte 2 200 syndicats d’entreprise et un million de salariéEs sont affiliéEs à la Confederation of Ethiopian Trade Unions (CETU) dotée de neuf fédérations professionnelles.

La légitimité syndicale

La CETU a gagné deux grandes batailles. La première est l’abrogation de la loi sur le travail élaborée en dehors de toute négociation et promulguée en 2017. Elle permettait notamment une grande liberté de licenciement, la suppression d’une partie des congés payés, l’allongement de la période d’essai. Des grèves spontanées ont éclaté et la base syndicale a enjoint la confédération de mener la lutte. La CETU a brandi la menace d’une grève générale, obligeant les autorités à revenir sur les dispositions litigieuses et également à accorder l’extension du congé maternité et la création d’une instance pour fixer un salaire minimum.

La seconde bataille est la syndicalisation dans les parcs industriels, sortes de zones franches censées inciter les capitalistes étrangers à investir dans le pays. Le pouvoir éthiopien considère ces parcs comme le principal moyen d’industrialiser le pays et met en avant la faiblesse des coûts salariaux. C’est donc au nom de l’intérêt national que la syndicalisation était proscrite dans les faits. La pression de la CETU, conjuguée aux grèves sauvages, a eu raison de cette politique antisyndicale.

Environnement hostile

La CETU évolue dans un pays où le régime est particulièrement répressif contre les organisations de la société civile, les journalistes et les opposantEs. Si la répression syndicale est utilisée par le patronat, elle l’est aussi par le gouvernement. Lors de la grève du personnel soignant dont on s’est fait l’écho, le gouvernement n’a pas hésité à menacer et emprisonner des grévistes.

La question financière est aussi un domaine délicat. La CETU tire ses ressources des locations immobilières qu’elle a héritées du syndicat inféodé au régime dictatorial de la fin des années 1980. Ce mode de financement prête le flanc à d’éventuelles mesures de confiscation que pourrait prendre le gouvernement.

Mais la difficulté majeure pour la CETU, c’est son isolement. Aucun parti ne prend en compte les revendications des salariéEs. À tel point qu’un débat est apparu, initié par la base, pour que le syndicat lance un parti travailliste capable de faire entendre, sur la scène politique, les exigences des travailleurEs. Déjà, lors de la guerre contre la province du Tigré, en dépit des énormes pressions gouvernementales, la CETU non seulement s’était abstenue de tout discours belliciste, mais avait au contraire prôné l’union et la solidarité entre les travailleurEs et soutenu les syndicats tigréens.

Paul Martial

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