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Ethiopie – Conflits postélectoraux potentiels

D 30 juillet 2010     H 09:46     A Pierre Sidy     C 0 messages


Constitutionnellement,
l’Ethiopie, pays
multiethnique le plus peuplé
d’Afrique sub-saharienne après le
Nigeria, est une démocratie
parlementaire ! Selon les résultats
officiels des législatives
éthiopiennes 2010, l’EPRDF (Front
révolutionnaire et démocratique du
peuple éthiopien) de Meles Zenawi
(premier ministre issu de la
guérilla tigréenne) et de ses alliés,
au pouvoir depuis 19 ans, a
remporté tous les 545 sièges de
l’Assemblée nationale. Près de 32 millions d’Ethiopien-ne-s étaient
appelé-e-s aux urnes, le 23 mai dernier, pour les élections
générales, les quatrièmes du genre après la chute, en 1991, du
régime « socialiste » autoritaire de Mengistu Hailemariam. Plus
de 6 000 candidat-e-s ont candidaté pour la députation.

Le souvenir de la répression postélectorale de 2005 a plané
sur les têtes pendant ce scrutin, d’autant que le pouvoir a,
depuis, encore renforcé son emprise sur le pays. Souvenonsnous
 : des violences avaient ensanglanté la proclamation des
résultats de ce scrutin quand l’opposition avait dénoncé des
irrégularités dans le comptage des voix. La période qui a suivi ces
élections avait été marquée par une répression sanglante dans la
Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD) qui a défié l’EPRDF.
Plus de 200 personnes ont été tuées par les forces de sécurité,
des milliers de citoyens, dont des leaders, des membres et des
supporters de l’opposition ainsi que des journalistes, ont été
emprisonnés lors des affrontements entre le EPRDF et la CUD qui
ont duré plus de deux mois. Les principaux dirigeants de
l’opposition avaient été emprisonnés et plusieurs condamnés à la
perpétuité pour « déstabilisation de l’ordre constitutionnel » ; ils
ne furent libérés qu’après avoir exprimé leurs regrets et
beaucoup furent contraints de quitter leur pays. De leur côté, des
policiers anti-émeute ont été tués par des protestataires que le
gouvernement a vite fait de qualifier de hooligans. Cette annéelà,
l’EPRDF s’est au final attribué le score national de 59,8%, ce
qui lui donnait 327 sièges au parlement fédéral tandis que la CUD
aurait fait 19,9% donc 109 sièges.

C’est parce qu’elle anticipait les tricheries du pouvoir que
l’opposition a formalisé dès février 2009 son unité à travers une
nouvelle alliance, le Forum pour le dialogue démocratique en
Ethiopie (FDDE). Le FDDE a immédiatement annoncé des plans
pour élargir l’espace démocratique. La loi anti-terroriste votée par
le parlement éthiopien le 7 juillet 2009 retire dans certains cas
aux journalistes le droit de protéger leurs sources ; selon la
nouvelle loi, « les journalistes doivent dévoiler leurs sources
lorsqu’ils font des reportages sur le terrorisme ». Le nouvel
arsenal juridique contre le terrorisme autorise des arrestations et
des fouilles sans le mandat d’un juge. Il a ainsi permis de détenir
pendant un mois l’un des candidats d’opposition au Sud du pays.
Meles Zenawi, en campagne, a mis en avant son « bilan
économique » : une croissance autour de 10%, une inflation
maîtrisée et des exportations en hausse. Très tôt le pouvoir a pris
des mesures pour s’assurer une victoire électorale. L’enjeu pour
lui c’était à la fois la victoire et le déroulement « paisible » du
scrutin. Et rien n’a été laissé au hasard : 220 000 agents
électoraux à la solde du pouvoir, selon l’opposition, ont été
déployés dans le pays ; 160 observateurs internationaux « étaient
acceptés s’ils se focalisaient sur le processus du déroulement des
élections plutôt que sur les résultats, à l’issue de leurs
observations ».

L’opposition réclame de nouvelles élections. Elle se retrouve
ainsi dans un nouveau bras-de-fer avec l’EPRDF comme cinq ans
plus tôt. Dès le soir du scrutin, elle dénonçait fraudes et
irrégularités massives dans plusieurs régions : bourrages d’urnes,
absences d’isoloir, pressions exercée sur les votants. Le 25 mai,
Meles Zenawi s’est proclamé vainqueur. Les Etats-Unis critiquent
pour la forme l’irrégularité du scrutin car que leur poulain Zenawi
tienne d’une main de fer ce rempart contre l’intégrisme islamiste
qu’est l’Ethiopie dans la Corne de l’Afrique ne peut pas les
mécontenter. Les forces démocratiques unies d’Ethiopie auront à
coeur de concevoir et mettre en oeuvre une alternative cohérente
aux conflits ethniques postélectoraux potentiels que l’Etat-EPRDF
clientéliste induit et attise pour diviser et perdurer (1).

Pierre Sidy


(1) Ethiopie : Le Fédéralisme ethnique et ses conséquences fâcheuses,
Rapport du Groupe international de crise (GIC), 4 septembre 2009.

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