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Bras de fer contre le régime militaire au Soudan

D 11 novembre 2021     H 12:00     A Paul Martial     C 0 messages


Le putsch du général Abdel Fattah al-Burhane pour stopper le processus révolutionnaire au Soudan semble avoir eu l’effet inverse. Dans tout le pays la résistance s’organise et elle engrange des succès. Ainsi les militaires se trouvent isolés à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

C’est l’aile la plus radicale du soulèvement de 2019 qui organise la défense de la révolution. Au niveau politique, le Parti communiste soudanais, qui bénéficie d’une très vieille implantation dans le pays, connaît une seconde jeunesse. Fortement investi dans la lutte, il s’est prononcé contre l’accord de transition qui consacrait la dualité de pouvoir entre militaires et civils. Dès l’annonce du coup d’État, il a appelé à la grève générale dans l’ensemble du pays.

Du côté des organisations militantes de la société, l’Association des Professionnels soudanais décrète la désobéissance civile. Cette association fédère des organisations syndicales d’avocats, de médecins, d’ingénieurs, d’universitaires et d’enseignantsE du secondaire. Créée dans la clandestinité en 2012, elle a eu un rôle de premier plan dans la chute d’Omar al-Bashir et reste incontournable dans le combat contre le coup de force des militaires.

Son appel a été entendu y compris parmi les hauts fonctionnaires qui n’ont pas été limogés. Les activités économiques du pays sont désormais au ralenti, les exportations de pétrole du Sud-Soudan sont stoppées.

Piliers et protecteurs de la révolution

En parallèle, un travail de mobilisation en profondeur contre le putsch est fait par les comités de résistance (Lijān al-Muqāwama). Composés essentiellement par des jeunes, ces structures basées dans les quartiers ont eu un rôle clef dans la révolution et représentent l’aile la plus radicale du mouvement. Leur expérience politique et leur savoir-faire contre la répression en font la bête noire du régime.

Ces comités de résistance ont perduré après la révolution. Ils ont pallié les carences de l’État et assuré des fonctions municipales comme le nettoyage, les réfections des écoles ou des lieux culturels. Ils se sont occupés de la sécurité la nuit et ont veillé à éviter toute spéculation sur le pain ou les carburants. Dans certains cas, ils ont organisé des marchés solidaires vendant les produits de première nécessité à prix coûtant, initiative salutaire pour beaucoup de SoudanaisES vivant dans la pauvreté.

Cette nouvelle façon de faire de la politique, mélangeant civisme et militantisme politique, se rencontre dans d’autres pays d’Afrique. C’est le cas au Burkina Faso avec « le Balai citoyen » ou au Sénégal avec « Y’en a marre ». Ces mouvements ont pris une part décisive dans les mobilisations, que cela soit contre Blaise Compaoré ou Abdoulaye Wade, puis ils continuent, sous d’autres formes, leurs actions concrètes en faveur des populations.

Ce sont des lieux où la jeunesse peut s’exprimer librement, particulièrement les jeunes filles. Elles ont conquis une légitimité dans la lutte politique d’autant plus qu’elle est renforcée par les activités des organisations féministes. Regroupées au Soudan dans la coalition Mansam, ces organisations mènent la lutte pour le droit des femmes et tentent d’intégrer ce combat dans le mouvement populaire.

Un pouvoir acculé

La résistance ne faiblit pas et commence à marquer des points. L’incapacité du pouvoir militaire de Khartoum à enrayer les mobilisations populaires est désormais patente. La possibilité est envisagée que le Soudan connaisse une crise profonde comme ses voisins que sont la Centrafrique, l’Éthiopie, la Libye et le Sud-Soudan. Cela pourrait faire basculer la région dans une instabilité politique avec les risques sécuritaires inhérents. Les gouvernements occidentaux ne souhaitent pas prendre un tel risque. Les USA ont demandé au général al-Burhane de revenir en arrière, et font pression sur les soutiens extérieurs des putschistes. Ainsi l’Arabie saoudite et les Émirats se sont ­alignés sut la position étatsunienne.

Deux possibilités s’offrent aux putschistes : la fuite en avant, accompagnée d’une répression de grande ampleur ; ou une solution négociée défendue par les ­gouvernements occidentaux.

Les généraux semblent choisir la seconde option en libérant quatre anciens membres du gouvernement. Ils se disent même prêts à accepter de nouveau Abdallah Hamdok comme Premier ministre. Mais cette idée est rejetée par la rue qui veut un pouvoir « madaniyya », c’est-à-dire totalement civil.

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