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Les services soudanais de renseignement et de sécurité s’attaquent aux médias qui couvrent la gronde sociale

D 16 novembre 2016     H 12:15     A Reporters sans frontières     C 0 messages


Reporters sans frontières (RSF) condamne les récentes attaques des services soudanais de renseignement et de sécurité (National Intelligence and Security Services - NISS), à l’encontre de la liberté de la presse et des journalistes, dans un contexte social tendu. Les autorités soudanaises interdisent toute couverture des manifestations contre la hausse des prix de l’essence et du gaz, faisant de nouveau appel à des méthodes de censure brutales.

Le14 octobre 2016, les services soudanais de renseignement et de sécurité (NISS) , ont confisqué toutes les copies du quotidien Al-Watan sans donner aucune explication. D’après les journalistes d’Al Watan, le NISS a demandé au rédacteur en chef du quotidien de ne pas publier d’articles critiquant les décisions du gouvernement d’augmenter les prix de l’essence et de l’électricité. Dans l’édition saisir, le quotidien avait non seulement publié des article sur l’augmentation des prix mais sur l’impact de cette hausse sur la population ainsi qu’un article sur la déclaration du Ministre de la Justice, niant la détention de 20 activistes politiques accusés d’avoir mobilisé des manifestations pour protester contre la hausse des prix.

Le 13 octobre 2016, le journaliste Mohamed Abu Zeid a lui été interpellé par le NISS alors qu’il avait été envoyé en reportage par le quotidien Al Siha afin de couvrir les manifestations estudiantines à l’Université islamique d’Omdurman. Il a rapporté que son téléphone lui a été confisqué par les agents. Détenu pendant deux heures, il a été menacé de tortures s’il continuait à produire des articles critiques à l’encontre du gouvernement.
“RSF condamne fermement les récentes arrestations, brutalisations de journalistes et saisies de journaux”, a déclaré Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. “Le gouvernement, au travers de son agence de renseignement, tente plus que jamais de contenir et de contrôler les espaces d’information et d’expression, comme s’il craignait les conséquences de ses politiques, au lieu d’engager le dialogue avec la société civile”.

Ces évènements s’inscrivent dans une série d’actions visant à détruire la liberté de l’information au Soudan. Le 10 novembre 2016, les journalistes Mohamed Al-Amin Abdel-Aziz du quotidien Al-Jareeda et Amal Habani du journal Al-Taghyeer ont été interpellés par des agents du NISS. Amal Habani a déclaré à Radio Dabanga que les agents du NISS l’avaient interceptée alors qu’elle rentrait d’avoir couvert une audience d’un procès dans la capitale, Khartoum. Ils ont confisqué son téléphone avant de la frapper au visage. La journaliste ainsi que l’activiste qui se trouvait avec elle ont été détenus pendant deux heures. Quant à Mohamed Al-Amin Abdel-Aziz, il a été battu et détenu par le NISS dans le centre de la capitale alors qu’il rentrait de son travail le 11 novembre 2016. RSF a appris qu’il avait été libéré le 13 novembre 2016, après trois jours passés en détention.
Plus tôt au mois de novembre, le gouvernement soudanais a été épinglé pour avoir fait saisir les éditions de trois journaux sans motif. Le 6 novembre 2016, des exemplaires des quotidiens Al-Jareeda, Al-Tayyar et Al-Watan ont été saisi durant la nuit par des membres des services de renseignement, quelques jours après que le gouvernement a annoncé l’augmentation des prix du carburant et de l’électricité dans le but de réduire l’inflation. Les trois journaux avaient consacré leur première page ou leurs éditoriaux à la critique des nouvelles directives du gouvernement.
La population locale a également noté un ralentissement général de la connexion à Internet, également attribué au NISS, dans le but de contrôler les réseaux sociaux et prévenir l’organisation de rassemblement via les réseaux sociaux.

L’augmentation des prix de l’énergie et ses conséquences sociales restent un sujet tabou pour le gouvernement soudanais qui y voit une menace directe à son autorité. En septembre 2013, les autorités soudanais sont allées jusqu’à suspendre Internet et couper les connexions mobiles après de violentes manifestations contre l’augmentation de 75% des prix du pétrole et du gaz. Au moins cinquante personnes ont perdu la vie dans la répression ce mois-là. Le NISS joue un rôle de censeur absolu, exigeant d’examiner les articles avant leur publication et saisissant tout quotidien qui ne satisferait pas à ses conditions. Ces saisies, pratiquées en toute impunité, conduisent à la lente asphyxie des médias qui ne parviennent pas à amortir les coûts d’impression.

Le Soudan est classé 174è sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse, établi par RSF en 2016.
Clea Kahn-Sriber

Responsable du Bureau Afrique / Head of the Africa Desk

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