Soudan : Rythmes de défi
17 décembre 2024 05:00 0 messages
Des rues de Khartoum à l’exil à l’étranger, les artistes hip-hop soudanais ont fait de la musique un puissant outil de protestation, de résilience et de préservation de la mémoire collective.
L’État a peur de la plume, alors que nous sommes là à défier la mort.
Flippter
En décembre 2018, les rues de Khartoum n’étaient pas seulement bondées, elles bourdonnaient de vie. Des voix s’élevaient pour défier les manifestants, marquant la fin de trois décennies sous l’emprise autoritaire d’Omar el-Béchir. C’était une révolution, mais aussi une fête de l’esprit. Une énergie cachée, trop longtemps réprimée, s’est répandue dans les rues, transformant la protestation en art. Le son de la résistance au Soudan n’était pas une note isolée, mais un orchestre de rythmes, de rimes et de chants – et le son du hip-hop soudanais . Le hip-hop avait mijoté dans la clandestinité pendant des années, mais il est désormais devenu un chœur national, devenant un véhicule d’expression des espoirs, des griefs et des rêves de la jeunesse soudanaise.
Ayman Mao a été l’un des premiers à reprendre le flambeau. Son titre « Dam » (Sang) de 2016 avait déjà fait un tabac, un réquisitoire sans concession contre les pouvoirs qui exploitaient le peuple : « Combien t’ont-ils acheté pour que tu puisses le transformer en sang ? »
Les paroles de Mao ont trouvé un écho auprès de milliers de personnes, transformant ses paroles en cris de ralliement pour ceux qui étaient maintenant rassemblés en signe de protestation. Ce n’était pas seulement une chanson, mais un rappel obsédant que leur sang avait été versé pendant leur résistance contre le régime de Bashir. Alors que ses paroles rebondissaient d’un bâtiment à l’autre, elles se mêlaient aux chants de la foule, une seule voix criant assez fort.
L’impact de Mao n’était qu’un début. Flippter, un rappeur soudanais qui explorait depuis longtemps les thèmes de l’aliénation et de la lutte, a rejoint les lignes de front avec son morceau « Hatred ». « On pourrait se faire tirer dessus pour ces simples mots », rappait-il, pleinement conscient des risques. Dans son morceau « Blue », il décrit une patrie qui semble étrangère, faisant écho au sentiment d’éloignement que ressentaient les jeunes Soudanais sous un régime qui se souciait peu de leurs voix. À chaque couplet, Flippter expose non seulement sa colère mais aussi son refus d’être réduit au silence, un poète qui a adopté la plume comme une arme. La jeunesse soudanaise a trouvé quelque chose de vital dans les mots de Flippter – un miroir inébranlable reflétant à la fois leur frustration et leur détermination.
Les voix de la diaspora se sont jointes à la fête, avec des artistes comme AKA Keyz, qui, de loin, pouvaient encore sentir le pouls de leur patrie. Son morceau « No Options Left » est devenu un hymne à part entière, une réflexion sombre mais déterminée sur l’état du Soudan. « No options left », répète-t-il, exprimant le désespoir et le désespoir que ressentent les jeunes Soudanais en voyant leur nation se défaire.
Ces voix modernes ont été rejointes par des icônes du passé, mêlant tradition et rébellion. « Sudan Without Keizan » d’AG Nimeri a résonné tout au long de la révolution, une chanson imaginant un Soudan libéré de l’emprise de la corruption, du racisme et de la manipulation religieuse. « Un Soudan sans les marchands de l’enfer et du paradis », chante-t-il, condamnant ceux qui utilisaient la religion pour justifier la violence et le contrôle. La musique de Nimeri a fait le pont entre les générations, évoquant un Soudan qui existait avant le règne de Bashir tout en rêvant d’un avenir sans lui. Sa chanson, comme tant d’autres, est devenue la bande-son de la révolution, exprimant le désir commun d’un nouveau Soudan.
Les racines du hip-hop soudanais remontent bien avant les manifestations de 2018. Dans les années 1990, des cassettes de rap américaines circulaient sous forme de bootlegs, échappant à la censure gouvernementale et stimulant l’imagination des jeunes Soudanais. Dans les années 2000, des artistes comme le groupe NasJota ont fusionné le hip-hop avec les sons traditionnels soudanais, mélangeant des paroles arabes et anglaises pour créer quelque chose de typiquement soudanais. Leur succès a cependant été de courte durée, car les censeurs gouvernementaux ont rapidement réduit au silence leurs paroles socialement engagées. Des artistes comme Mao ont été contraints à l’exil, mais l’esprit de protestation qu’ils avaient suscité a continué à se développer dans la clandestinité, façonnant une génération de jeunes qui considéraient la musique comme une forme de rébellion. En 2018, le hip-hop soudanais avait eu un tel impact que GQ a produit une liste de près de 20 rappeurs qu’il souhaitait faire connaître à ses lecteurs, dont Bas et Flippter.
En 2019, alors que les manifestations atteignaient leur apogée, le hip-hop soudanais est passé du statut de mouvement clandestin au cœur du soulèvement. « Dam » de Mao et « Taskut Bas » (Just Fall) d’Ali G ont retenti dans les haut-parleurs des camps de protestation, les paroles frappant les nerfs à vif alors qu’elles condamnaient la corruption, la répression et la violence. Mais le hip-hop n’était pas seulement la toile de fond ; il était le mouvement lui-même, un fil conducteur entrelaçant des milliers de voix dans une revendication commune de liberté.
En 2023, l’espoir a cédé la place à la tragédie lorsque la violence a éclaté une fois de plus. Les tensions entre les forces armées soudanaises et les forces de soutien rapide ont dégénéré en guerre civile et le pays a été plongé dans le chaos. Les artistes se sont retrouvés déplacés, certains contraints de fuir. Mais même si les studios étaient abandonnés et les rues vidées, la musique a continué. Les artistes hip-hop en exil, en Égypte et dans la diaspora, ont continué à créer, leurs voix parvenant jusqu’à leur pays et préservant l’esprit de la révolution.
De nouvelles plateformes comme Rap Shar3 (Streetrap) sont devenues des espaces essentiels pour les rappeurs soudanais en exil, où les artistes ont exprimé leur angoisse en vers. La chanson d’Hyper, qui fait écho au refrain emblématique de Sayed Khalifa, évoque ces jours de révolution avec à la fois nostalgie et amertume. « C’étaient des jours, ô pays, des jours comme un rêve », chante-t-il, déplorant ce qui aurait pu être, tout en maudissant ceux qui ont ruiné ces rêves.
Et de nouvelles voix ont émergé – Veto, Awab, Ghayaz – documentant en vers le tribut personnel de la guerre. « Mon frère a été abattu mais n’est pas encore enterré », rappe Veto, ses paroles étant une mise en accusation de ceux qui sont au pouvoir. C’est un rappel douloureux et brutal que pour de nombreux Soudanais, la liberté reste lointaine, comme si elle n’avait été entrevue que brièvement avant d’être à nouveau arrachée. Ces chansons ne sont pas seulement devenues des témoignages de protestation, mais des histoires orales, documentant la souffrance d’un peuple en temps réel.
Le hip-hop soudanais est apparu non seulement comme une forme de rébellion, mais aussi comme un dépositaire de la mémoire collective du pays. Ce qui a commencé comme des rythmes empruntés aux cassettes de rap américaines a évolué vers un genre spécifiquement soudanais, défini par la langue locale, les rythmes de la musique folklorique traditionnelle et les cadences de l’arabe soudanais. Le genre a forgé sa propre identité, produisant un son qui résonne profondément auprès des auditeurs de toute l’Afrique.
Aujourd’hui, alors que le Soudan se trouve à la croisée des chemins, le rôle du hip-hop n’a jamais été aussi crucial. Ces artistes, qu’ils soient au pays ou en exil, continuent de créer, de documenter leurs histoires et leurs luttes. Ce faisant, ils veillent à ce que, même si le pays est en pleine spirale, les voix de la jeunesse soudanaise ne soient pas oubliées.
Ibrahim Osman
Source : https://africasacountry.com/
Traduction automatique de l’anglais
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