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Alternance démocratique en Gambie : même un dictateur peut reconnaître sa défaite

D 9 décembre 2016     H 05:04     A Tournons la page     C 0 messages


Après 22 ans de de dictature, le président gambien Yahya Jammeh a accepté de quitter le pouvoir. L’acceptation de la défaite par un chef d’Etat réélu trois fois grâce à la fraude et ayant muselé la presse et les mouvements citoyens tout au long de sa présidence est inattendue. Depuis 2002 et la décision similaire d’Uhuru Kenyatta au Kenya, il s’agit de la première fois qu’un dictateur reconnaît sa défaite aux élections. L’évènement isole encore un peu plus les dirigeants qui s’accrochent au pouvoir.

Les Gambiens ont élu comme nouveau président, avec 49,67 % des voix, Adama Barrow, candidat unique de l’opposition. L’histoire retiendra le dernier soubresaut démocratique du président Yahya Jammeh mais aussi les années de répression, la torture généralisée et l’émigration massive de Gambiens sans avenir. Aujourd’hui environ un tiers de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour et une personne sur deux est analphabète. Maintenant que l’alternance politique est en marche, les Gambiens attendent des réformes économiques et institutionnelles.

Cette élection inhabituelle rappelle que le cours de l’histoire n’est pas écrit d’avance. La commission électorale a rendu un verdict transparent alors que les médias annonçaient une nouvelle mascarade électorale. L’opposition, jadis divisée, a su faire front commun. Malgré la coupure du réseau internet et des communications téléphoniques internationales, la peur de la répression et la propagande de l’Etat, les citoyens se sont mobilisés contre le pouvoir en place. Yahya Jammeh, pourtant figure presque caricaturale du dictateur, a accepté de reconnaître sa défaite et félicité son adversaire. L’épisode gambien servira désormais de précédent aux mouvements citoyens face aux autocrates qui ne veulent pas partir par la grande porte.

En Afrique de l’Ouest, le Togo fait désormais figure d’exception car l’alternance ne s’y est jamais produite. La Gambie et le Togo sont d’ailleurs les deux seuls pays de la région sans limitation du nombre de mandats présidentiels dans leur constitution. Avec la chute de Yahya Jammeh, la CEDEAO dispose d’un levier de plus pour faire pression sur Faure Gnassingbé. L’élection gambienne, comme la présidentielle au Gabon plus récemment, montrent également à quel point l’unité de l’opposition est une condition décisive pour l’alternance démocratique. Face à une opposition unie, parfois soutenue par les organisations de la société civile, la fraude devient plus difficile.

Au Gabon, la publication prochaine du rapport de la mission d’observation électorale de l’Union Européenne, dont les conclusions seront certainement critiques à l’encontre d’Ali Bongo Ondimba, pourrait favoriser une reconnaissance de la victoire de Jean Ping. En République Démocratique du Congo, Joseph Kabila qui selon la constitution doit quitter le pouvoir le 19 décembre au terme de son second mandat, a encore la possibilité de choisir la voie de l’alternance. S’il n’accepte pas l’accord issu du dialogue véritablement inclusif auquel la CENCO cherche difficilement à aboutir, la colère exprimée par une partie du peuple lors des manifestations de septembre pourrait ressurgir.

Les présidents José Eduardo Dos Santos, Paul Biya, Robert Mugabe ou Denis Sassou Nguesso qui, sous différentes modalités, s’accrochent au pouvoir, seront certainement présents en janvier 2017 à Bamako aux côtés du chef d’Etat français lors du sommet Afrique-France. Le sommet pourrait servir à réaffirmer que la démocratie réside dans la possibilité d’une alternance politique à la suite d’élections crédibles et transparentes.

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