Guinée-Bissau, le retour du président déchu, Umaro Sissoco Embaló
11 octobre 2026 16:40 0 messages
Dix mois après son départ mouvementé de Guinée Bissau, le président déchu Umaro Sissoco Embaló devrait annoncer sa candidature à la magistrature suprême. Depuis, la Constitution a changé et le décor aussi. À croire que l’entracte était prévu dans le scénario.
Il faut reconnaître à Umaro Sissoco Embaló une certaine tranquillité d’esprit. L’ancien président de Guinée-Bissau, officiellement renversé par les militaires le 26 novembre dernier, vient d’annoncer qu’il s’apprêtait à rentrer au pays. Pas clandestinement, ni à une date tenue secrète : le 4 octobre. Les militaires qui l’avaient prié de quitter le palais peuvent donc préparer l’accueil.
Embaló ne revient pas seulement récupérer quelques affaires oubliées à Bissau. « Oui, je serai candidat », vient-il de déclarer à Jeune Afrique. Après le putsch, l’exil et dix mois loin du pays, le voilà donc prêt à repartir à la conquête du fauteuil présidentiel.
Cette sérénité pourrait surprendre chez un homme s’apprêtant à retrouver ceux qui l’ont, dit-on, chassé manu-militari du pouvoir. Mais les putschistes n’étaient pas vraiment ses ennemis.
Les clés sous le paillasson
À la tête de la transition se trouve le général Horta N’Tam, qui n’est pas un inconnu pour Embaló. Les deux hommes sont proches. Au lendemain du putsch, c’est lui qui a pris les commandes du pays. Pour un président déposé, Embaló avait un lot de consolation : la Guinée-Bissau restait entre des mains familières. L’opposition, beaucoup moins sensible à cette délicatesse, avait immédiatement dénoncé un « auto-coup ».
Le moment choisi par les militaires avait aussi alimenté les soupçons. Le putsch était intervenu alors que les résultats de la présidentielle devaient être proclamés. Ils ne le seront jamais. Fernando Dias da Costa, adversaire d’Embaló soutenu par le PAIGC, revendiquait la victoire. Puis les militaires sont arrivés, le scrutin a disparu du paysage et Embaló a pris le chemin de l’exil.
Travaux pendant l’absence
Pendant son absence, les militaires au pouvoir ne sont pas restés inactifs. Pendant qu’Embaló voyageait, ils ont repeint la maison en changeant la Constitution.
Adoptée par référendum le 30 août, la nouvelle Loi fondamentale renforce sensiblement les pouvoirs présidentiels. Le futur chef de l’État pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre et le gouvernement et, dans certaines circonstances, dissoudre le Parlement. Le nombre de députés passe parallèlement de 102 à 65 et celui des circonscriptions de 29 à 12. L’opposition et une partie de la société civile avaient appelé au boycott du référendum, accusant la junte de préparer, précisément, le retour d’Embaló.
Pure coïncidence, évidemment, l’ancien Président avait précisément entretenu des relations compliquées avec le Parlement, jusqu’à dissoudre l’Assemblée nationale en 2023 après la victoire de l’opposition aux législatives.
Voilà donc Embaló candidat à une fonction présidentielle dont les pouvoirs ont été confortablement renforcés pendant son absence.
Un exil très occupé
Encore fallait-il patienter. Embaló s’y est employé sans donner l’impression de trouver le temps long.
Paris, Brazzaville, Rabat. Rencontres avec des chefs d’État et d’anciens présidents, doctorat honoris causa : son exil aura davantage ressemblé à une tournée diplomatique qu’à une traversée du désert. En août, Emmanuel Macron le recevait encore à Paris. Quelques jours auparavant, il apparaissait à Brazzaville aux côtés de Macky Sall et de Mahamadou Issoufou.
L’ancien président s’est même trouvé une mission : soutenir son ami Macky Sall dans sa campagne pour devenir le prochain secrétaire général des Nations unies. Un excellent motif pour continuer à fréquenter les palais présidentiels africains et entretenir les amitiés. L’entracte touche à sa fin, Embaló a lancé sa « Plateforme républicaine », annoncé sa candidature à la présidentielle du 6 décembre 2026 et fixé la date de son retour…
À Bissau, inutile de prévoir une remise des clés : Embaló ne les a jamais rendues.
Voir en ligne : Mondafrique
Dans la même rubrique
16 septembre – Guinée-Bissau : le costume constitutionnel d’Umaro Sissoco Embaló
23 décembre 2025 – Guinée-Bissau : Des élections volées
10 décembre 2025 – Guinée Bissau : auto-putsch fasciste néocolonial contre la vérité des urnes.
9 décembre 2025 – Guinée-Bissau : Motion sur les violations des droits humains
29 novembre 2025 – Sur le coup d’Etat en Guinée Bissau
Afriques en Lutte