Mali : Cinglant revers pour les putschistes
6 mai 2026 05:00 0 messages
Les attaques coordonnées des djihadistes et des indépendantistes de l’Azawad représentent un échec majeur pour la junte militaire du Mali
C’est un assaut d’une ampleur inégalée qui s’est déroulée au Mali le samedi 25 avril. Il a été mené conjointement par les djihadistes du GSIM et les forces indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) (l’Azawad est le nom donné à la région du nord du Mali).
Une offensive à travers le pays
Les principales villes maliennes ont été attaquées simultanément. Au nord : Tessalit, Kidal, Anéfi, Bourem et Gao ; dans le centre : Kona, Sévaré et Mopti ; au sud : Sénou et la capitale Bamako, dont l’aéroport, ainsi que la ville-garnison de Kati, où logent les principaux dirigeants. Durant toute la journée, les combats ont fait rage. Sadio Camara, numéro deux du régime et principal artisan de la venue des mercenaires de Wagner, a trouvé la mort lors de l’attaque suicide de sa résidence.
Kidal, principale ville de l’extrême nord, est passée sous le contrôle du FLA. C’est évidemment un coup dur pour la junte, qui avait réussi à la reconquérir en 2023 et en avait fait un symbole de la souveraineté malienne retrouvée. Le coup est d’autant plus rude que les Russes de l’Africa Corps (anciennement Wagner) ont quitté la ville sans combattre, fruit d’un accord avec le FLA, certainement sous la médiation de l’Algérie. Tessalit et Aguelhok après l’abandon de l’armée malienne sont occupés par les indépendantistes.
Après ces attaques, le GSIM a déclaré instaurer un blocus sur la totalité des axes routiers menant à Bamako. Cela a pour effet de fixer une grande partie des Forces armées maliennes (FAMa) et des supplétifs russes dans la capitale, laissant le champ libre au FLA et aux islamistes pour mener des opérations de conquête des villes du nord du pays.
Crise politique
Ces attaques vont avoir des répercussions politiques. La légitimité de la junte et de son président, Assimi Goïta, est remise en cause. Pendant son absence de trois jours après les attaques, des rumeurs de destitution ont même circulé au sein de la hiérarchie militaire. Le narratif de l’affaiblissement des rebelles grâce à l’action des FAMa n’est plus crédible.
Le rôle de l’Africa Corps est également durement critiqué : pour certains, il s’agit ni plus ni moins d’une trahison. Leur service de propagande tente de renverser la situation en inondant les réseaux sociaux de vidéos à la gloire des mercenaires, mais la défaite symbolique que constitue la prise de Kidal est trop forte.
La stratégie de la junte est aussi questionnée. En se désengageant de l’accord de paix d’Alger signé avec les forces indépendantistes de l’Azawad et en considérant les combattants touaregs comme des ennemis au même titre que les djihadistes, la junte a favorisé un rapprochement entre les deux rébellions, que nous avions analysé dans ces colonnes il y a un an .
Cette attaque inédite montre que la junte n’est pas en capacité de contenir les avancées de la rébellion. Sa fuite en avant militariste ne fait qu’accroître les souffrances des populations, sans régler les problèmes politiques et sociaux auxquels le pays est confronté.
De nombreuses initiatives en faveur de la paix voient le jour. Ainsi, la visite d’Omar Mariko, dirigeant du parti de la gauche radicale SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance), auprès de 17 soldats des FAMa prisonniers du GSIM, qui a débouché sur la libération de quatre d’entre eux, montre qu’un dialogue pour la paix est possible. La junte et les supplétifs russes demeurent toutefois le principal obstacle.
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