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Le crépuscule des commissions électorales nationales indépendantes (CENI)

D 28 février 2021     H 11:38     A Francis Sahel     C 0 messages


Censées garantir la transparence des élections lors de leur création dans les années 90, les Commissions électorales nationales indépendantes (CENI), sont devenues des machines à cautionner des scrutins truqués.

Censées garantir la transparence des élections lors de leur création dans les années 90, les Commissions électorales nationales indépendantes (CENI), sont devenues des machines à cautionner des scrutins truqués.

En 1993, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Niger avait organisé la première présidentielle libre, démocratique et transparente du pays. Un scrutin qui fut remporté par Mahamane Ousmane sans aucune contestation de ses adversaires.

Vingt-huit plus tard, la CENI organise une présidentielle au Niger donnant le même Mahamane Ousmane perdant au second tour. Mais, cette fois un sérieux doute subside sur la crédibilité de certains chiffres donnés par la CENI : 103% de taux de participation ici ; plus de votants que d’électeurs inscrits sur la lutte électorale là-bas ; différence notoire entre le nombre de bureaux de votes dont les résultats sont parvenus et le nombre officiel de bureaux. A Niger, comme ailleurs sur le continent, les CENI ont cessé depuis plusieurs années d’être la garantie d’une élection transparente,

indépendante et crédible. En Guinée, l’opposant Cellou Dalein Diallo s’est déclaré vainqueur de la présidentielle de 2020, prenant le contrepied de la CENI, en République démocratique du Congo, Martin Fayulu a revendiqué sa victoire lors de la présidentielle de 2018 alors que la CENI donnait vainqueur le président Félix Tshikédi. La même chose vient de se produire au Niger où la CENI crédite Mohamed Bazoum d’une victoire à 55% tandis que son adversaire du second tour Mahamane Ousmane revendique sa victoire avec 50,3%.

Sacré dilemme
Après avoir concédé le dessaisissement des ministères de l’Intérieur de l’organisation des élections, les pouvoirs africains se sont investis dans la stratégie de noyautage des CENI. Ils y arrivent en manipulant la composition de ces commissions. On propose officiellement une composition paritaire entre l’opposition et le pouvoir puis on ajoute des représentants de l’administration publique ou de la société civile qui ne sont, en vérité, que des proches du même pouvoir. En Côte d’Ivoire, au Congo-Brazzaville, en RDC, au Niger, au Burkina Faso et ailleurs, le régime en place prend subtilement le contrôle de la CENI en nommant à sa tête un affidé. Au Congo-Brazzaville, Sassou Nguesso, qui totalise 36 années au pouvoir et qui est candidat à sa propre succession en mars prochain, a confié la présidence de la CENI à Henri Bouka, un de ses proches, déjà président de la Cour suprême.

Et pour parachever ce travail de mise sous tutelle de la CENI, le pouvoir fait recruter « un opérateur électoral », le plus souvent des compagnies occidentales spécialisées dans l’informatique et la biométrie. Payées en millions d’euros, ces multinationales ne s’occupent pas que de mettre en place des listes électorales et des cartes d’électeurs biométriques. Elles sont fortement impliquées dans l’ingénierie de la fraude. On doit à cela les victoires au premier tour dites « coup KO » enregistrés ici et là sur le continent. En deux décennies, on est passé de la confiance absolue aux CENI, à leur perte totale de crédibilité. Pour autant, les partis politiques ne veulent pas retourner à l’ancienne formule qui consistait à confier, comme dans les grandes démocraties, l’organisation des élections aux ministères de l’intérieur.

Au moins les CENI, elles, attribuent aux opposants des scores qui habillent la mascarade électorale d’un manteau de crédibilité. Avec ces CENI, dans de nombreux pays africains le pouvoir en place n’organise jamais une élection pour la perdre.


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