Nigeria : Quand la nourriture devient poison
11 octobre 2025 05:00 0 messages
Au Nigéria, la volonté de faire des économies a transformé la nourriture et la boisson en vecteurs de maladie, sacrifiant la santé et le patrimoine sur l’autel du profit.
Le Nigéria possède l’une des traditions culinaires les plus riches au monde. Des épices étagées de la soupe au poivre au fumé du suya, de l’egusi et de l’efo riro au toujours controversé jollof, la diversité et la richesse de la cuisine nigériane sont incomparables. Cet héritage aurait dû positionner le pays comme une capitale gastronomique mondiale, à l’instar de l’Italie, de l’Inde ou de la Thaïlande qui ont bâti leur prestige international grâce à leur cuisine. Au lieu de cela, le Nigéria est devenu un exemple édifiant. Manger, la fonction humaine la plus fondamentale, est devenu un pari risqué où chaque repas comporte un risque de falsification, de contamination, voire d’empoisonnement.
Partout au pays, restaurants, vendeurs ambulants et propriétaires de boîtes de nuit semblent engagés dans une compétition perverse. L’enjeu n’est pas de proposer le meilleur goût ou la nourriture la plus saine, mais de maximiser les profits en optimisant les coûts. L’huile de palme est colorée avec des produits chimiques industriels pour créer une illusion de vivacité. Les fruits sont forcés à mûrir avec du carbure de calcium, une substance toxique qui n’a pas sa place dans la consommation humaine. Les huiles de cuisson sont recyclées à l’infini, se décomposant en composés nocifs bien avant d’atteindre l’assiette. L’économie de la nuit pousse le phénomène encore plus loin avec des cognacs, des whiskys et des gins contrefaits, embouteillés à l’image de marques internationales et servis avec assurance sur les tables des clubs. Les consommateurs croient boire du Martell ou du Jameson ; en réalité, ils ingèrent des cocktails d’éthanol, de méthanol et de colorants qui peuvent provoquer une insuffisance hépatique, la cécité, voire la mort.
Ces pratiques ne sont pas occasionnelles. Elles sont systémiques. L’Agence nationale de contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC) annonce régulièrement des saisies qui révèlent l’ampleur de la crise. En novembre 2024, les autorités ont démantelé un réseau de contrefaçon d’emballages d’alcool d’une valeur de 2 milliards de nairas à Lagos. Quelques jours plus tard, une autre perquisition au marché de Balogun a révélé d’importants stocks de faux spiritueux. En décembre, 180 millions de nairas de contrefaçon d’alcool ont été saisis à Oke Arin. En mai 2025, 114 millions de nairas de faux alcool ont été interceptés à Lagos, suivis en juillet par 1 milliard de nairas de produits chimiques et d’arômes périmés. Ces chiffres, aussi stupéfiants soient-ils, ne représentent que la partie émergée d’un iceberg bien plus vaste. Pour chaque saisie annoncée, d’innombrables bouteilles, fûts et caisses s’infiltrent dans les restaurants, les marchés et les clubs.
La culture de la falsification s’étend au-delà des frontières du Nigeria, véhiculée par les restaurants servant les communautés de la diaspora. Trop souvent, une visite dans l’un de ces établissements se termine par des jours de diarrhée ou de crampes d’estomac. Ce qui aurait dû être une source de fierté, le rayonnement mondial de la cuisine nigériane, devient au contraire une exportation de la négligence. Au sein de ces communautés, les risques ont même été banalisés en humour noir : la cuisine nigériane « authentique », dit-on, est synonyme de maux d’estomac.
Les régulateurs portent une grande part de responsabilité. Les raids périodiques de la NAFDAC, bien qu’importants, sont réactifs. Ils traitent les symptômes plutôt que les causes. L’Organisation nigériane de normalisation (SON), chargée de garantir la conformité des produits aux exigences de sécurité de base, est pratiquement invisible. Ces agences projettent une image de contrôle, mais affichent peu de capacités de prévention durable. Leurs défaillances permettent à des marchés de contrefaçon comme Balogun, Aba et Oke Arin d’opérer ouvertement, comme si la fabrication de produits frelatés était un secteur légitime de l’économie.
Les conséquences sont dévastatrices. La santé publique est systématiquement mise à mal par la consommation quotidienne. Les coûts économiques, liés aux hospitalisations, à la perte de productivité et aux décès prématurés, sont immenses, mais rarement calculés. L’atteinte à la réputation de la cuisine nigériane est tout aussi grave. Le pays qui a réussi à faire de l’afrobeat une exportation culturelle rigoureuse et de classe mondiale ne peut en dire autant de sa cuisine. La contradiction est flagrante : alors que Burna Boy remplit les stades et que Wizkid domine les classements, les restaurants nigérians servent des plats agrémentés d’assaisonnements périmés et d’huiles contrefaites. Un pan de la culture s’envole, l’autre s’effondre.
Il ne s’agit pas seulement d’un problème de santé. C’est une trahison du patrimoine. La cuisine nigériane n’est pas seulement un moyen de subsistance. C’est une identité, une histoire et une mémoire portées par le goût. La falsifier revient à réduire la culture à une marchandise, à transformer l’orgueil en pathologie. L’indifférence des régulateurs et la complicité des chefs d’entreprise constituent une abdication collective de responsabilité.
Il ne suffit plus de se réjouir des crises épileptiques occasionnelles ou de romancer la résilience des consommateurs. Manger au Nigéria ne devrait pas être un acte de courage. Manger dans un restaurant nigérian à l’étranger ne devrait pas être un pari risqué pour sa santé. Ce qu’il faut, c’est une réforme systémique : des régulateurs qui appliquent les règles avec cohérence, des entreprises tenues de respecter de vraies normes et des consommateurs qui refusent d’accepter la médiocrité comme leur destin.
Le Nigeria a tout ce qu’il faut pour être un pionnier en matière de cuisine. Il possède une histoire, une diversité et une diaspora internationale désireuse de partager sa culture culinaire. Ce qui lui manque, c’est la responsabilité, l’assurance que ce qu’on appelle nourriture n’est pas un poison et que ce qu’on vend comme boisson ne aveugle pas.
Tout changement radical et non urgent constituerait non seulement une urgence de santé publique, mais aussi une insulte à l’idée même du Nigéria.
Source : https://africasacountry.com/2025/09/when-food-becomes-poison
traduction automatique de l’anglais
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