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Les confréries musulmanes au Sénégal : histoire, pouvoirs , débats

D 9 octobre 2010     H 04:12     A Moulzo     C 0 messages


L’Islam est présente en Afrique soudano-sahélienne depuis le
XIe siècle et s’y est propagé jusqu’au XIXe siècle. C’est pour
assurer la gestion de la Cité que les régimes aristocratiques
tieddo (animistes pour la plupart) recrutèrent des marabouts
comme cadis, secrétaires, chanceliers. En effet, ces derniers
étaient surtout considérés comme des lettrés et des intellectuels.
C’est seulement à partir de la fin du XVIIe siècle que les
marabouts commencèrent à mener la guerre sainte contre
l’aristocratie locale pour lutter contre l’esclavage qu’elle
pratiquait.

Les Français n’étaient pas visés par ces guerres saintes et
pouvaient même bénéficier de la protection de certains
marabouts tant qu’ils ne pratiquaient pas l’esclavage. Ce pacte fut
très rapidement rompu par les Européens qui apportèrent leur
soutien aux négriers de Saint-Louis notamment en soutenant le
Damel (Roi) du Cayor Amari Ngoné contre l’anti esclavagiste
Abdoul Kader. C’est bien à partir de cette rupture du pacte que le
Jihad s’étendit aux Européens. Ainsi, les marabouts combattirent
sur deux fronts, contre l’aristocratie locale (partisane de
l’esclavage) et contre les colonisateurs qui, s’alliant avec les rois
locaux selon leurs intérêts ou les combattant pour les mêmes
raisons, finirent par remporter la victoire finale.

Certains marabouts continuèrent pourtant la résistance
active , comme le Cheikh El Hadj Oumar Tall qui lança un appel
au Jihad en 1855 mais n’eu pas le soutien ses confrères locaux
dont certains lui étaient carrément hostiles. Les marabouts du
Sénégal, battus par la puissance militaire française, choisirent par
a suite la résistance passive et culturelle (Jihad Akbar). Ce fut le
cas de El Hadji Malick Sy (Tijanisme) et Ahmadou Bamba
(fondateur du Mouridisme). Les populations se regroupèrent
autour de ces marabouts qui leur apportaient réconfort et soutien
moral en les incitant surtout à la patience (en attendant que Dieu
les sorte de cette douloureuse occupation des infidèles).
La France, qui avait compris depuis longtemps le pouvoir que
portaient les marabouts locaux, en fit des alliés en les recrutant
comme conseillers, traducteurs, et même parfois faisant office de
diplomates (comme le marabout sénégalais Bou El Mogdad
secrétaire et conseiller de Faidherbe pour la Mauritanie). Ces
marabouts très influents, rédigèrent des « fatwas » destinés à
convaincre les musulman-e-s que l’occupation des pays maures
par les Français était un bienfait de Dieu et que les Français
étaient venus mettre fin à l’anarchie, aux guerres tribales, au
pillage, à l’insécurité et que leur présence devait permettre
l’expansion de l’Islam. D’autres marabouts ainsi que des notables
locaux ont même combattus aux côtés des Français (c’est le cas
Bou Kounta de N’Diassane) ou par leur influence, réussi à
infléchir certaines campagnes militaires.

Lorsque toute l’Afrique fut sous domination européenne, la
résistance passive devint la règle. Les marabouts sénégalais
Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadji Malick Sy choisirent alors la
coopération avec les colons français tout en refusant toute
collaboration. Ils contribuèrent ainsi à une propagation encore
plus rapide de l’Islam dans ces contrées où l’animisme est très
présent. L’Islam des confréries maures (Khadriya) recula très
fortement au Sénégal au profit d’un Islam local qu’on pourrait
qualifier d’Islam noir. Tout en réhabilitant les grandes figures
guerrières de l’Islam local (El Hadj Malick Sy donna sa propre fille
en mariage au petit fils d’El Hadj Oumar tall qui combattit les
Français), les marabouts de l’ère coloniale réussirent la prouesse
d’étendre leur influence au delà de la zone sénégalaise (jusqu’en
Mauritanie) inversant ainsi les rôles. Au fil du temps, un État dans
l’État se constitua autour des fiefs de certains marabouts
influents, ce qui constitua très rapidement une menace pour le
colonisateur français qui commença à se méfier des marabouts et
à les persécuter (déportation au Gabon de Cheikh Ahmadou
bamba en 1895 et en 1903 en Mauritanie).

Les Français, tolérants vis-à-vis de l’enseignement de l’arabe,
commencèrent à imposer le français tout en restant conciliant
avec la « nouvelle aristocratie maraboutique » notamment dans
le choix des cadis (souvent choisis parmi les enfants des
marabouts). Pendant les deux guerres mondiales, la collaboration
entre pouvoir colonial et pouvoir local représenté par les
marabouts dont l’influence permit le recrutement de beaucoup
d’Africains appelés à contribuer à l’effort de guerre. Les confréries
religieuses prêchèrent la soumission des Sénégalais à la France
(tournée de Thierno Seydou Nourou tall dans toute l’Afrique de
l’ouest pour inciter les Africains à s’engager dans l’effort de
guerre) et organisèrent des séances de prières pour la victoire de
la métropole. Certains marabouts s’occupèrent même de tâches
de renseignements comme le chérif Maky Haidara de Sédhiou
avec comme mission d’observer les mouvements de populations
en direction de la Guinée portugaise.

A l’indépendance du Sénégal, le pouvoir des marabouts était
déjà bien posé. État dans l’État au temps du pouvoir colonial, les
confréries maraboutiques devinrent grâce au pouvoir économique
(culture de l’arachide, cotisations des fidèles) de véritables
contre-pouvoirs potentiels. Les hommes politiques sénégalais
comprirent aussi dès l’Indépendance leur influence et vont tenter
de s’en approprier. Senghor (bien que chrétien), obtient le
soutien des marabouts pour remporter la victoire contre Lamine
Guèye (aristocrate de Saint-Louis et premier juriste noir de
l’Afrique française) et rester au pouvoir par la suite. Abdoulaye
Wade, l’actuel président du Sénégal, est issus de la confrérie
mouride et ne le cache nullement.

Aujourd’hui, l’islam sénégalais représenté par les confréries,
reste pourtant garant d’un Islam « modéré » face à ce qui
apparaît souvent comme un Islam plus dur originaire du Maghreb
et des pays arabes. Mais même si les marabouts ont un rôle très
important dans ce pays à majorité musulmane (rôle d’éducation,
conscience morale), la séparation entre pouvoir politique et
pouvoir religieux reste seule garante de la démocratie. Les chefs
religieux ne doivent pas devenir des faiseurs de roi à défaut
d’être eux mêmes rois.

Moulzo

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