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Togo : Interview de Kofi Alouda Président du Bureau Provisoire du MoLiTo

Entretien accordé au "Palmier Africain"

D 14 juin 2010     H 15:01     A     C 0 messages


Quelques mois après la création du MoLiTo en France, le Président du Bureau Provisoire Kofi Alouda nous livre ses impressions sur les récents développements de la lutte démocratique au Togo et les objectifs poursuivis par son association. L’entretien a été effectué avant l’officialisation de l’Accord Politique entre Gilchrist Olympio et le RPT.

Le Palmier Africain : Mr. Kofi Alouda, vous êtes le Président du Bureau Provisoire du
MoLiTo, une association de Togolais en France créée au lendemain des élections du 4
mars 2010. Pourquoi une telle initiative ?

Kofi Alouda : La raison de cette initiative est clairement lisible dans le libellé complet :
« Mouvement du 4 mars pour la Libération du Togo ». Nous considérons que ce qui s’est
passé le 4 mars au Togo enlève tout sens aux élections et constitue une tentative
d’enterrement de la démocratie au Togo, avec toutes les conséquences que cela comporte.
Pire, c’est une expérimentation de coup d’Etat électoral « lifté » (sans mort...) qui, comme
d’habitude, va être appliquée au reste de l’Afrique, du moins celle dite francophone. Le
système de la françafrique, maintenant sous la casquette de l’Europe n’arrête pas de faire des
mues et d’innover pour conserver sa mainmise sur le Togo. Moins préparé en 2005, ce
système a dû tuer au moins 500 togolais (source ONU) et poussé à l’exile des dizaines de
milliers d’autres pour se maintenir. En 2010, il fallait absolument qu’il innove pour ne pas
reproduire de manière aussi vile à la face du monde ce qu’il a fait en 2005. Surtout que les
projecteurs sur le Togo allaient être renforcés entre autre à cause de l’arrivée de Kofi
Yamgnane sur la scène politique locale. Ce système a dépassé toutes les limites au Togo. Ceci
nécessite une réponse précise et appropriée de la part du peuple et de sa diaspora. Notre lutte
doit impérativement s’adapter, en particulier à travers la manière de nous organiser.

Le Palmier Africain : N’est ce pas la une association de plus ? Quelle innovation apporte
le MoLito que les autres associations déjà existantes n’ont pas encore apporté ?

Kofi Alouda : Nous avons des centaines d’associations dans la diaspora, mais non seulement
elles sont cloisonnées, mais aussi, la plupart poursuivent des objectifs à forte tendance sociale
et humanitaire. Une part importante de membres de notre mouvement est déjà active dans des
associations de ce genre avant le MoLiTo. C’est certes louable mais dans le contexte actuel,
cela contribue plus perpétuer la situation. Il n’échappe en effet à personne que malgré nos
efforts qui ont pu aider quelques uns, la situation s’est dans l’ensemble empirée pour la
majorité. Majorité que nous ne pouvons et n’avons pas vocation à satisfaire et qui est
abandonnée par un Etat togolais lui-même inexistant. Pire, en continuant ainsi, l’esprit de
notre peuple risque de s’enliser dans la fatalité et l’assistanat. Pour ne pas continuer
indéfiniment à « semer sur de la pierre » au Togo, la diaspora a intérêt à réorienter désormais
en priorité ses efforts sur la résolution de la crise Togolaise. Le cloisonnement et
l’empiètement des actions les unes sur les autres obstruent également la lisibilité pour nos
soutiens potentiels à l’étranger. Voilà quelques ingrédients pour le moins non négligeables de
nos échecs.
En conséquence, nous disons qu’il est temps que nous arrêtions de dépenser notre énergie en
pure perte. Le MoLiTo a un but très ciblé, unique et ponctuel : la libération du Togo ; Il est
avant tout au service de toute organisation existante poursuivant ce but : relayer les
événements de sorte à éviter au mieux les doublons et amplifier chacun de ces événements ; Il
constitue une chaîne qui relie les organisations existantes, grandes ou petites à des fins de
mutualisation de leurs actions qui sont orientées vers l’objectif maître. Il peut opérer
librement en soutien au peuple et au FRAC, quelque soient les contingences politiques
auxquelles ce dernier doit faire face ; Il a latitude à faire ou préparer le terrain à toutes les
alliances et médiations nécessaires à la réussite de l’objectif, autant à l’étranger qu’au Togo
sans les entraves inhérentes aux stratégies partisanes de conquête de pouvoir propres aux
partis ou aux coalitions politiques ; il se donne ainsi la souplesse d’action partout ou le FRAC
en tant que coalition de partis ne pourra pas toujours se permettre. Il constitue un cadre lisible
de contribution de nos soutiens à l’étranger, sociétés civiles comme partis politiques, et ces
soutiens sont déjà bien présents à nos côtés.
Prenez le cas de CMAF-Togo aux USA. C’est une coalition contextuelle, orientée vers le
même but précis. Voyez ce qu’ils ont accompli. Et pourtant il y a des organisations déjà
existantes là-bas. CMAF est d’ailleurs l’une des principales organisations avec lesquelles
MoLiTo travaille en bonne intelligence toujours dans ce même esprit de mutualisation, de
lisibilité et d’efficacité. Nous avons actuellement des projets en commun.
En conclusion sur cette question, contrairement à ce que des raisonnements rapides
prétendent, le MoLiTo n’est pas une simple association de plus. Ceux qui le disent pourraient
à la limite se poser le même problème sur la création du FRAC qu’ils soutiennent comme
nous, alors qu’il y avait déjà un grand parti qu’est UFC sur toute l’étendue du territoire et
dans toutes les couches sociales.

Le Palmier Africain : Des indiscrétions disent que vous êtes financés par Kofi
Yamgnane dans l’intention d’avoir un mouvement de jeunes semblable au MO5
derrière lui pour mieux faire ombrage a Gilchrist Olympio. Quels sont vos rapports avec
Mr Yamgnane ?

Kofi Alouda : Elle est bonne celle-là ! Comme on le dit si bien en langage populaire. Croyez
vous que nous avons encore besoin de faire ombrage à Gilchrist Olympio ? N’a-t-on pas
remarqué qu’il se suffit tout seul dans cette tâche de se faire ombrage lui-même par ses
attitudes depuis 2005 ? De plus ceux qui composent notre organisation ont pour la plupart
dépassé la quarantaine, on ne peut donc pas parler de jeunes, même si nous en comptons
aussi, qui dynamisent le mouvement. Par ailleurs, pourquoi voulez vous qu’un mouvement
soit forcément financé par une personne ? Nous autres avons fort justement tiré au moins des
leçons, expérience togolaise à l’appui, des risques qu’encourt toute organisation qui ne
dépend que du financement d’une personne. A ce jour, le mouvement s’autofinance à 100%
par la contribution de ses membres. Pour ce qui est de nos rapports avec Kofi Yamgnane, ils
ne sont pas différents de ceux de la majorité des togolais qui veulent le changement et qui
apprécient sa contribution dans la redynamisation de l’opposition et plus généralement de la
politique togolaise. Ces rapports, plutôt politiques donc, datent de 2005, y compris pour ce qui
me concerne personnellement.

Le Palmier Africain : Est-ce que vous subissez des tentatives d’intimidation ou de
corruption de la part des activistes du RPT en France ?

Kofi Alouda : Le socle qui compose à l’heure actuelle ce mouvement, malgré les apparences
de nouveauté en politique, est solide. Je peux vous assurer que les militants du RPT qui nous
connaissent depuis un moment savent que toute tentative d’intimidation ou de corruption sur
ce socle tel qu’il est aujourd’hui est vouée à l’échec. Beaucoup d’entre eux ont pu
s’apercevoir que ce qui nous motive est à mille lieux des appétits matériels et que notre idéal
transcende la peur.

Le Palmier Africain : Ne pensez-vous pas que la création du FRAC était une tentative de
déstabilisation de l’UFC organisée par Kofi Yamgnane et François Boko afin
d’euthanasier politiquement Gilchrist Olympio ?

Kofi Alouda : C’est très curieux cette manière de penser. Encore une fois, Gilchrist Olympio
n’a eu besoin de personne pour se faire « euthanasier » politiquement comme vous le dites,
sauf peut être de la Françafrique et de ses bras togolais et africains que sont le RPT, Obasanjo,
etc. Malgré une certaine propension de l’humain à la « politique de l’autruche », quel togolais
conscient ne savait pas que « l’euthanasie » politique de Gilchrist Olympio avait été déjà
réglée depuis 2005 du moins pour ce qui est des dates évidentes pour tous ? Les actes qui ont
été dès lors posées par les créateurs du FRAC en 2010, à quelques jours de l’élection
n’avaient à mon sens qu’un seul but, celui de sauver l’opposition et le peuple de la
contamination du même sort qui a frappé son leader historique. Nous voyons tous d’ailleurs
que ce peuple encore debout par sa force, sa volonté intrinsèques et avec l’accompagnement
du FRAC, essaye au contraire, en particulier les femmes, de ramener son leader dans les
rangs, mais jusqu’ici en vain !

Le Palmier Africain : D’aucun critiquent la stratégie pacifiste du FRAC et prétendent
qu’on ne peut pas mener une révolution a bout sans disposer d’une force armée. Est-ce
que le MoLito compte aider le FRAC à remplir ce vide ?

Kofi Alouda : Que ce soit clair pour tous : le MoLiTo ne revendique pas la violence, bien au
contraire, notre organisation condamne avec la dernière énergie cette pratique du
RPT/Françafrique. Ceci ne nous empêche pas cependant de comprendre qu’être une proie
facile attise l’appétit des prédateurs. Alors, il nous appartient de nous prémunir, d’une
manière ou d’une autre, contre l’attraction dont le peuple togolais a jusqu’ici fait l’objet de la
part de ces derniers. Oui, le Togo peut être libéré sur une base fondamentale de lutte
pacifique. Mais tout n’a pas encore été fait en matière de voies et d’organisation pacifique. Ne
confondons pas « pacifique » avec « dépourvu d’armes de guerre ». La hardiesse et la
défiance seules ne suffisent pas, même si elles sont nécessaires. Une lutte pacifique se prépare
dans les esprits, par une organisation pointue qui ne laisse rien au hasard et avec des moyens.

Le Palmier Africain : Jadis, Gilchrist Olympio était qualifié de terroriste, d’inconscient,
d’apatride et de tous les mauvais noms par le RPT. Depuis un certain temps, les mêmes
personnes le qualifient de leader charismatique sur qui ils comptent pour réunifier
l’UFC. Confirmez-vous à MoLiTo que Gilchrist Olympio a fait une alliance secrète avec
Faure Gnassingbé ?

Kofi Alouda : La première observation est que, comme beaucoup de togolais le constatent,
Gilchrist Olympio qui est certes une personnalité charismatique, n’a en revanche pas prouvé
grand chose en tant qu’homme politique visionnaire et stratège.
Cette observation permet de faire une bonne transition vers la question posée, celle d’un deal
supposé avec Faure Gnassingbé. Pour moi, le premier problème de fond que nous togolais et
plus généralement africains avons, se trouve à ce niveau de perception des antagonismes ou
des accointances. Beaucoup de nos compatriotes sont à l’image du leader Gilchrist Olympio
en matière de vision politique. Car le problème n’est pas dans le fond, une question de clan
Gnassingbé contre clan Olympio, ou de Faure contre Gilchrist.
Il s’agit fondamentalement d’un problème de Françafrique, de néocolonialisme abject. Ce
système tentaculaire, totalitaire, mafieux et vicieux (aucun mot n’est de trop s’il vous plait...),
manipule très savamment les africains les uns contre les autres. Il se donne tous les moyens
pour retourner toutes les situations. Quand il le faut, il se donne également la liberté de
transcender nos frontières fictives dans lesquelles il nous confine pourtant, pour aller chercher
Obasanjo et Chambas par ci, Compaoré et Tandja (...) par là, sans oublier des institutions mioccultes,
mi-religieuses de par le monde. Il n’a pas d’amis, mais des collaborateurs surveillés
qui sont aussi des ennemis potentiels. Mêmes les militants du RPT comme les militaires,
gradés ou pas, ne sont ni rassurés ni épargnés par leur engagement dans le système. C’est pour
cela que tout le monde a peur de tout le monde, ne sachant d’où ça peut venir. Tout le monde
dit aussi que c’est l’armée qui a le pouvoir et Kpatcha semblait avoir l’armée pour lui, où se
trouve-t-il actuellement ?
Tout ceci n’a qu’un seul objectif, celui de servir en priorité, vaille que vaille, les intérêts
économiques et géopolitiques essentiellement extra africains. Les miettes, bien rondelettes
certes, dont bénéficient les serviteurs du système ne doivent pas altérer plus que ça notre
analyse. Il n’y a pas de « face à face Gnassingbé / Olympio » au Gabon, ni en Côtes d’Ivoire,
ni au Sénégal, ni au Cameroun, ni au Congo, ni au Tchad, etc. et pourtant ce sont des choses
très similaires qui s’y passent, même si notre pays semble en être la caricature la plus abjecte.
C’est quoi le dénominateur commun à tout ça ? Sans doute M. Gilchrist Olympio, aveuglé par
l’onction du peuple, n’a pu s’apercevoir suffisamment et à temps du vrai monde dans lequel il
vivait !? Quelle réaction peut-on alors lui imaginer lorsque la découverte des tentacules
françafricaines devient exponentielle avec l’usure du temps ? C’est pourquoi il est
fondamental pour les nouvelles générations de bien mesurer les contours des obstacles dressés
sur leur chemin de sorte à limiter le plus possible les surprises. Nous devons ouvrir plus
largement nos esprits au monde dans lequel nous vivons pour pouvoir désormais éviter les
raccourcis sans issue.

Le Palmier Africain : Quelle analyse faites-vous sur la stratégie et les moyens d’action
du FRAC ?

Kofi Alouda : La stratégie actuelle du FRAC est bonne, il lui reste à engager quelques tâches
complémentaires fondamentales en plus des marches pour lesquelles il va falloir aussi faire
plus. Mais je pense que nous devons nous rassurer, ils savent ce qu’il y a lieu de faire ; il leur
faut juste les moyens que nous diaspora avons le devoir d’assurer.

Le Palmier Africain : D’aucun disent que vous cherchez à faire couper les relations du
Togo avec l’Union Européenne dans vos rencontres avec les députés européens. Que
répondez-vous ?

Kofi Alouda : Les relations entre le Togo et l’UE, et plus généralement entre l’Afrique, en
particulier francophone et l’UE, commencent à être très sérieusement contaminées par le
même vice françafricain. De la Françafrique, nous sommes entrain de passer à l’Eurafrique, à
une telle vitesse, « à tombeau ouvert » ! Les pas de la seconde étant guidés par la première.
D’ailleurs, sans nous en apercevoir assez du sens profond, le discours de Nicolas Sarkozy à
Dakar nous proposait déjà l’Eurafrique... Nos intellectuels s’étaient alors avec brio échiné
uniquement à réfuter l’insulte de l’Homme africain qui ne serait pas entré dans l’Histoire,
mais en ignorant pratiquement les objectifs bien inquiétants pour l’avenir de l’Afrique qui
sont visés dans ce discours. Fort heureusement, nous sommes rapidement passés, sans
transition, à l’heure de vérité entre l’Afrique et l’Europe, après que cette heure ait rattrapé la
Françafrique. La longue fuite en avant dans les relations viciées à la françafricaine ne sera
plus possible avec l’Europe car le monde change beaucoup plus vite et nous africains avec,
malgré les biais de perceptions ambiantes. C’est ce que nous souhaitons faire partager aux
décideurs européens demeurés responsables pour qu’ils fassent à leur tour tache d’huile, afin
de donner rapidement une chance à un nouveau départ pour les deux continents. Dans tous les
cas, une nouvelle Afrique est en cours de renaissance, certes dans la douleur ; dans un monde
plus ouvert avec l’Asie et les Amériques, elle n’aura plus besoin de quelque autorisation que
ce soit.

Le Palmier Africain : Votre mot de fin

Kofi Alouda : Ce n’est pas encore tout à fait la fin ... de cette lutte. Mais elle est bel et bien
imminente ! Nous sommes à un tournant, celui vers la seconde et réelle indépendance, dont la
lutte a été franchement engagée depuis les années 90. La réintronisation de Faure Gnassingbé
par ses parrains de la françafrique/eurafrique avec l’aide de leurs bras locaux armés et équipés
est un non évènement. Dignité, fierté et fraternité magnifiées par notre riche diversité
culturelle, telles sont les sources inépuisables d’énergie à puiser pour la conclusion de cette
lutte sans défaillance vers la liberté.

Le Palmier Africain : Merci, Monsieur Kofi Alouda

Kofi Alouda : C’est à moi de vous remercier pour le travail soutenu d’information et pour
l’intérêt porté à notre mouvement.

Interview Réalisé par Joël Y. Agbekponou