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ALGERIE : La Pacification Livre noir de six années de guerre en Algérie

D 13 juin 2013     H 05:37     A Gisèle Felhendler     C 0 messages


1967 : Suite à une mesure d’expulsion, Nils Andersson, suédois d’origine, quitte la Suisse où il s’était installé, mettant fin à une importante aventure éditoriale, les éditions de la Cité.

Figure emblématique d’un front des éditeurs, Nils Andersson se fit l’écho d’une protestation grandissante contre la généralisation de la torture pratiquée par l’armée française en Algérie, en rééditant à Lausanne La Question d’Henri Alleg, après son interdiction et sa saisie en France, le 27 mars 1958.
On lui doit la préface de cette réédition de La Pacification, ouvrage majeur d’Hafid Keramane, que La Cité publia pour la 1ère fois en 1960 et qui traite des disparus de la bataille d’Alger. Un exemplaire de ce livre sera piégé par l’organisation terroriste La Main Rouge, exécuteur des basses œuvres des services secrets français, pour assassiner le professeur Laperche, de Liège, qui hébergeait un militant du FLN.

La Pacification, c’est un travail rigoureux qui recense toute la panoplie de la répression brutale exercée par le gouvernement français contre les combattants et résistants à la guerre d’Algérie : tortures, exécutions sommaires, incendies de villages. Il donne aussi à lire témoignages, documents, lettres et articles de presse pour sortir cette période du silence dans lequel le gouvernement français s’acharnait à l’enfermer.
Œuvre historique, œuvre de mémoire, l’ouvrage est recontextualisé par Nils Andersson, son premier éditeur, qui raconte dans une longue préface, la vie de ce livre, depuis l’origine jusqu’à sa diffusion clandestine. C’est le fruit d’une intense activité éditoriale, dénonçant la guerre coloniale, en solidarité avec l’indépendance algérienne, le combat d’un front éditorial qui résista à la nuit coloniale.

L’association Sortir du Colonialisme est à l’initiative de cette réédition, hommage à Hafid Keramane, mort en novembre 2012, comme une une réponse urgente à plusieurs exigences :

1 Libérer enfin la parole sur le rôle de l’État et de l’armée française dans cette guerre qui ne disait pas son nom, refuser le renvoi des violences dos à dos, alors qu’il s’agissait bien d’actes de résistance face à une armée d’occupation. La pacification, c’est une stratégie militaire dont l’Algérie en guerre a été le laboratoire d’expérimentation ; ses techniques, le cynique "savoir faire français", voire les acteurs comme le sinistre Aussaresses, sont utilisés par l’impérialisme en défense du nouvel ordre colonial mondial, en Amérique latine, au Vietnam, en Irak ou encore en Afghanistan.

2 Rappeler l’idéologie du Front National, parti issu de l’OAS et de la collaboration, et dont le fondateur, Jean Marie Le Pen apparait pour la première fois en lieutenant tortionnaire dans La Pacification. A l’heure de la dédiabolisation et de l’ultramédiatisation de sa fille, il est plus que temps de dire ce que n’a jamais cessé d’être ce parti, de montrer son vrai visage pour impulser une vraie riposte sociale antifasciste.

3 Combattre une nostalgérie de moins en moins rampante qui impose sans vergogne stèles, plaques et monuments à la gloire de l’OAS. Jean Yves Le Drian, ministre PS de la défense en exercice a légitimé de sa présence, en novembre 2012, la cérémonie officielle de transfert des cendres du Général Bigeard, au cours de laquelle il déclare que l’inventeur des "crevettes" du même nom "mérite le respect" ! De nombreux élus de la droite extrême, comme Jean Marc Pujol, maire UMP de Perpignan qui met en berne les drapeaux de la ville, refusent de commémorer dignement la fin de cette guerre, ainsi que le prévoit la loi sur le 19 mars 1962.

Contre la falsification de l’histoire, la réédition de La Pacification est un évènement indispensable pour décoloniser les esprits dans une France malade de son histoire coloniale.

Gisèle Felhendler

La Pacification
Hafid Keramane
Préface de Nils Andersson
320 pages/16 euros
Édition Les petits Matins avec Sortir du Colonialisme