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MAURITANIE : Aziz, ton recensement raciste ne va pas nous tuer !

D 3 février 2012     H 06:09     A Mariam Seri Sidibe     C 0 messages


Depuis 2011, la population noire mauritanienne se soulève
contre le recensement en cours, ordonné par le régime
militaire du colonel Ould AbdelAziz. Les négrosmauritaniens
craignent la remise en cause de leur nationalité.
Dans un pays encore marqué par les déportations des noirs
d’Avril 1989 et la confiscation de leurs terres au profit des riches
familles beïdane, ou la pratique l’esclavage perdure encore
malgré le déni des autorités, on ne peut que les comprendre.
D’autant plus que les pièces administratives exigées sont quasiimpossible
à obtenir. Et ceci peut tourner à la farce ubuesque
lorsque un homme de 80 ans doit prouver que son arrièrearrière-
arrière grand-père est né mauritanien et qu’en plus il
doit parcourir le pays d’un extrême à l’autre pour obtenir un
foutu papier qui, au final, n’a jamais été produit par
l’administration … ou malencontreusement égaré par un
fonctionnaire peu scrupuleux.

Outre le caractère humiliant du recensement, il s’y ajoute que
les Mauritaniens de la diaspora ne peuvent le faire qu’à une
seule condition : retourner au pays.
Si le recensement doit servir pour prévoir le développement
économique, territorial et institutionnel d’un pays, il tourne là à
l’enjeu politique puisque c’est le seul pays au monde ou les
données démographiques, quand elles existent, relèvent du
secret-défense.

Paradoxalement celui-ci ne pose aucune difficulté aux centaines
de Touaregs que le régime du Colonel Ould Taya (au pouvoir de
1984 à 2005) avait fixés sur la vallée du fleuve Sénégal, aux
seuls fins, d’une part de dénégrifier cette région riche en
minerais et stratégique en voies communicantes et, d’autre part,
s’assurer leur soutien dans la lutte contre le terrorisme, avec
bien sur, l’aide de la France qui vient d’accorder 750.000 euros
pour, officiellement, y développer l’enseignement du Français.

Le fait que la majorité des enquêteurs soit beïdane et ne parlent
que l’Arabe, exacerbe d’autant plus le sentiment, justifié,
d’exclusion de toutes représentations officielles des populations
Toucouleurs, Ouolofs, Soninkés et Peulhs, pourtant majoritaires
dans le pays. Le projet du Président Aziz consiste pour ses
populations à les faire se déplacer chez les agents recenseur et
leur prouver qu’elles sont bien mauritaniennes. La Commission
Nationale de Recensement compte 19 membres dont 18 sont
Bédanes. Ses agents peuvent, selon leur bon vouloir, retirer sa
nationalité à un individu et en faire un apatride dans son propre
pays sans aucun recours possible. Pourtant la loi mauritanienne
stipule que seul un décret peut déchoir un individu de sa
nationalité et uniquement en cas d’atteinte à la sureté de l’Etat.
On peut donc en conclure que tout négro-mauritanien peut
juste être considéré comme un esclave ou un terroriste, mais
pas comme un individu citoyen.

Il n’est donc guère étonnant que la majorité des animateurs du
Mouvement « Touche pas à ma nationalité » soient issus de ses
trois ethnies. Avec l’Initiative Résurgence Abolition de l’esclavage,
c’est un mouvement issu de la société civile, regroupant tout
mauritanien luttant contre le pouvoir militaire et ses avatars. Ce
sont, à l’heure actuelle, les deux organisations dont les militants
sont quotidiennement persécutés et emprisonnés. Preuve que le
pouvoir est aux abois, depuis l’immolation, le 17 Janvier 2011 de
l’homme d’affaires Yacoub Ould DAOUD qui signifiait aussi par son
geste le ras-le-bol du peuple, dénonçant également la corruption
galopante, mais auquel le pouvoir répond par un quadrillage
militaire du pays de peur d’avoir à subir le même sort que Ben Ali,
Moubarak et leur clique.

Ces deux mouvements ont lancé un boycott du recensement de
grande ampleur. Tout comme Messaoud Ould Boulkheir, Président
de l’Assemblée National, reconnu pour sa finesse et sa sagesse
politique, ils estiment que c’est le plus grand danger qui menace la
cohésion nationale, n’hésitant pas à faire une comparaison avec la
politique menée par Henri Konan Bédié et sa fameuse « Ivoirité ».
C’est ainsi que la répression sanglante s’est abattue lors des
manifestations de Maghama et de Mouqata, faisant un mort, le
jeune Lamine Mangane, 19 ans et plusieurs blessés graves.
Depuis, toute la willaya du Gorgol, Région de Kaédi, est sous
contrôle policier sans compter que les villes ont été incendiées,
rappelant étrangement les razzias négrophobes d’Avril 1989 dont
on peut encore ressentir les séquelles.

A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ce recensement aux
relents d’apartheid diffuse une onde de choc, relayée en cela par
les diasporas présentes lors des sit-in et autres occupations des
Consulats. Mais aussi également par le biais des réseaux sociaux
du net, où militants pro et anti pouvoir s’affrontent de plus bel. On
peut également signer une pétition sur le site
touchepasamanationalité.com tout comme nous l’avions fait
pour exiger la libération sans condition des militants de l’IRA,
incarcérés suite à un procès inqualifiable si ce n’est que liberticide
pour le peuple mauritanien.

Aziz réveille donc les démons du passé en Mauritanie, aux seules
fins d’asseoir son pouvoir militaire. Après les Printemps Égyptien et
Tunisien, espérons que 2012 sera l’année de révolution et de
libération du peuple mauritanien.

C’est tout le sens de la lutte que mènera le peuple mauritanien
jusqu’à ce que tombe la dictature quitte à ce que ce soit une
longue marche vers la liberté. Et nous avons de bons pieds et de
bonnes chaussures.

Mariam SERI SIDIBE