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Charlie Hebdo : vigilance face aux dérives sécuritaires menées au nom de la guerre contre le terrorisme

D 14 janvier 2015     H 05:11     A Survie     C 0 messages


Survie et ses membres se sont associés à la consternation générale face
à l’assassinat des journalistes satiriques de Charlie Hebdo et de
l’ensemble des victimes des attentats perpétrés du 7 au 9 janvier 2014.
Au-delà de l’élan premier de solidarité face aux drames qui se sont
joués, notre association se montre toutefois inquiète face à
l’indignation sélective et à l’utilisation politique qui est en train
d’être faite autour de ces événements par certains leaders de partis,
membres du gouvernement, éditorialistes.*

L’expression « notre 11 septembre à nous », afin de justifier une
politique sécuritaire et militaire qui bat déjà son plein et qui risque
d’empirer, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition des
termes « civilisation » et « barbarie », l’expression récurrente du mot
« guerre », la justification a posteriori des interventions militaires
françaises dans le Sahel et au Proche-Orient, sont autant de dérives qui
se sont manifestées ces derniers jours. Dans son combat contre la
Françafrique et l’idéologie néocoloniale et raciste qui la sous-tend,
Survie ne peut que se sentir concernée par la montée en puissance de ces
discours néo-conservateurs.

Par ailleurs, la présence au défilé du 11 janvier à Paris de dictateurs
africains tels qu’Ali Bongo (Gabon) et Faure Gnassingbé (Togo) et d’un
représentant du président tchadien Idriss Déby nous est apparue
particulièrement indécente. Plus que la liberté d’expression, , que
ceux-ci bafouent régulièrement, on devine que leur présence, aux côtés
des présidents malien et nigérien, avait pour objectif de légitimer les
interventions militaires françaises récentes en Afrique, au Sahel en
particulier.

Faut-il le rappeler, le 11 janvier marquait le 2ème anniversaire de la
guerre menée par la France au Mali au nom de la lutte contre le
terrorisme. C’était d’ailleurs au moment du lancement de cette
intervention au Mali que le gouvernement avait précédemment utilisé la
rhétorique de l’union nationale, et brandi la menace que constituaient
pour la France les groupes armés du Sahel pour la justifier.

Deux ans après, l’objectif assigné n’est pas atteint et la guerre se
poursuit avec, depuis août, le déploiement de l’opération Barkhane, sur
5 pays sahéliens, menée en violation de la Constitution puisque le
Parlement ne l’a ni débattue ni n’en a voté la reconduction au-delà des
quatre premiers mois. Avec une telle politique militariste, une
multiplication des interventions françaises en Afrique et de par le
monde – notamment au nom de la lutte contre le terrorisme, idéologie
forgée par les néoconservateurs américains –, un contrôle migratoire de
plus en plus dur, qui produit un nombre incalculable de drames et une
politique fondée sur une économie néolibérale (avec des conséquences sur
les budgets sociaux, l’éducation), le gouvernement actuel et ceux qui
l’ont précédé, ainsi que les faiseurs d’opinion qui défendent cette
politique, prennent le risque de contribuer, d’une certaine façon, à
générer des vocations de terroristes qu’ils disent pourtant combattre.
Cette alerte amène à ouvrir un débat complexe et exigeant qui ne peut se
satisfaire de certains raccourcis entendus ces derniers-jours.

Au milieu du concert d’hommages et du rappel des divergences avec
certaines prises de position de Charlie Hebdo, rappel qui ne justifie en
rien cet acte mais renforce au contraire la mobilisation pour la liberté
d’expression, nous laisserons le soin à Charb, l’ancien rédacteur en
chef dont l’assassinat est aujourd’hui brandi pour justifier la lutte
contre le terrorisme au Sahel, de tacler de façon corrosive et lucide la
guerre française au Mali, dans un article paru quelques semaines après
le déclenchement de l’opération Serval, fin janvier 2013.

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GUERRE AU MALI : 7 TRUCS ENERVANTS

/Charlie Hebdo – 29 janvier 2013 – Charb /

Le président Hollande était un mou, un tocard, un indécis. Le
président Hollande était un bulot scotché tout en bas des sondages
de popularité. Et puis, d’un coup, parce que ce même président
envoie les inutiles soldats du 14 juillet mater des barbus dans le
nord du Mali, il devient un chef de guerre respecté de tous. L’effet
magique de la guerre sur ces connards de journalistes ! Il est
capable de tuer et d’envoyer se faire tuer au nom de la France,
c’est vraiment pas un pédé ! On en est là. On en revient toujours là
dès qu’un mouvement de troupe est annoncé par le chef suprême des
armées. La pertinence de l’initiative sera discutée après. Comme on
se lève tous pour Danette, on se lève tous pour la guerre. Réflexe
pavlovien d’un peuple de roquets.

2. La guerre, l’odeur du sang des innocents et de la sueur des
combattants a fait ressortir de son terrier Kouchner. En fait, ce
sont les journalistes en manque de culottes de peau disposés à
commenter la mort qui ont ramené à la lumière ce Gollum. Lorsqu’on
manque de généraux à la retraite pour s’enthousiasmer d’une charge
de blindés dans le désert, il y a Kouchner. Il n’est plus rien que
le valet de quelque roi africain auquel il pense vendre ses conseils
éclairés. En réalité le roi l’emploi comme bouffon. Comment des
journalistes peuvent-ils encore interviewer sans pouffer, Kouchner ?

3. À aucun moment nous n’avons entendu des commentaires déplorant
que l’initiative du président de la République allait mettre en
danger la vie des otages ainsi que la vie des Français expatriés. À
aucun moment il n’a été dit d’Hollande qu’il « mettait de l’huile
sur le feu ». Il est vrai qu’Hollande n’a pas commis l’ignoble crime
de provoquer les intégristes musulmans en dessinant Mahomet. Lui,
les intégristes, il les tue. Ça semble beaucoup moins grave et moins
irresponsable pour la classe politique, pour nos amis journalistes
et pour la confrérie des pleurnichards expatriés que de publier des
dessins rigolards dans Charlie Hebdo. Le rire tue plus certainement
que la guerre… On s’en souviendra. La guerre fait bander les
journalistes.

4. Parmi ceux qui soutiennent l’intervention au Mali, il y en a
évidemment qui ont soutenu l’intervention en Libye. Sans voir que
c’est la dévastation de la Libye qui a armé les terroristes du Mali
du Nord… Les barbus se sont lourdement équipés grâce à
l’intervention militaire brouillonne de Sarkozy en Libye. Hollande
est en train d’essayer de réparer les inconséquences de son
prédécesseur. Mais ce n’est pas poli de le dire.

5. On déplore que les armées de nos alliés africains soient si mal
entraînées et équipées pour intervenir à l’extérieur. Il est temps
de s’en préoccuper… Il se trouve que la plupart de nos alliés sont
des dictateurs qui n’entretiennent pas une armée pour défendre leur
pays contre des attaques extérieures, mais pour se maintenir au
pouvoir contre leur peuple. Au mieux, leurs armées sont des milices
privées. Mais ce n’est pas poli de le dire.

6. Non, non, non, la France n’est pas le gendarme de l’Afrique.
Juré ! Et si elle joue ce rôle très momentané, c’est qu’elle y a été
forcée par les événements. Mais, croyez-en toute la classe
politique, la France gendarme de l’Afrique, c’est bien fini. Fabius
nous le dit : « Nous n’avons pas vocation à rester éternellement au
Mali. » Au Mali, non, partout ailleurs, oui. Pourquoi la France, qui
n’est pas le gendarme de l’Afrique, maintient-elle ouvertes des
gendarmeries en permanence au Tchad, en Centre-Afrique, à Djibouti,
au Gabon, etc.? Lorsque que la sécurité de Bamako sera assurée, les
casernes françaises qui vérolent tout le continent africain seront
démantelées ? Rêve !

7. Hollande, qui est donc désormais un président couillu, est le
seul président à soutenir la façon dont les forces algériennes ont
œuvré pour libérer le complexe gazier des terroristes et d’un
certain nombre des otages. Les spécialistes de la question
militaires qui sont pour l’occasion largement interrogés par les
médias français le confirme : tirer dans le tas était la meilleure
chose à faire… Surtout ne pas chercher une autre réponse possible à
l’agression des terroristes, les journalistes français ont censuré
toute autre opinion. En temps de guerre, le journaliste est aux
ordres sans qu’il soit besoin de lui en donner (on appelle ça du
patriotisme). Il vous faudra choper une chaîne étrangère pour
entendre un autre son de cloche et s’apercevoir, ô miracle, qu’il
n’est pas toujours besoin de tuer les otages pour les libérer.

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