samedi, 23 septembre 2017
 

Intervention française au Mali : le pyromane et le pompier

« L’étranger a de gros yeux mais ne voit pas. Proverbe malien »

La France de Sarkozy a été, de 2007 à 2012, une France décomplexée. Dans l’intérêt de la France, tout a été bon, sans aucune pensée aux conséquences. Il fallait coûte que coûte que la France rayonne.

Sarkozy et Kadhafi lorsqu’ils étaient « amis » Ainsi, en Libye où il a fallu dégommer Kadhafi, Sarkozy et ses sbires ne se sont pas posé de questions. Les Touaregs qui avaient servi le dictateur libyen ont tout simplement été utilisés à d’autres fins : servir les intérêts français. Il y a eu certainement marché entre la France et le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Asawad) bien avant l’attaque du mouvement touareg contre le Nord du Mali. Ainsi, pour comprendre ce qui se passe actuellement, il faut remonter le temps lorsqu’il a paru nécessaire à Nicolas Sarkozy, d’exécuter purement et simplement le guide libyen. Aujourd’hui, les accusations de financement de la campagne de 2007 font craindre le pire. La nécessité de cacher ces financements, les accusations de Takieddine, ex-porteur de valises lâchés par ses acolytes doivent nous interpeller. N’oublions pas par ailleurs que le guide libyen a planté sa tente à l’Élysée après la libération des infirmières bulgares.

C’était bien la première fois qu’il était reçu sans complexe par un pays occidental depuis des années. Rama Yade avait alors eu le courage de dire que « le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits ». Elle n’avait pas tort puisque la visite de décembre 2007 qui était sensé rapporter à la France des contrats mirobolants n’avait en réalité servi que les intérêts du dictateur. Bref, Sarko s’était bien fait roulé dans la farine. Son orgueil personnel appelait une vengeance féroce qui trouva l’occasion de s’exprimer lors du printemps arabe qui emporta tant de dictateurs. Bien évidemment, on ne va pas les plaindre mais n’oublions pas que les gouvernements occidentaux s’en sont bien accommodés pendant de nombreuses années. Et Sarkozy n’aurait certainement pas levé le petit doigt si Kadhafi avait respecté ses engagements d’acheter des mirages. Certes, certaines entreprises françaises en ont bien profité puisque le président fut malgré tout un bon VRP pour ses copains patrons mais en réalité « la visite en grande pompe de Mouammar Kadhafi aura donc handicapé la diplomatie, sans renflouer les caisses des fleurons de l’industrie français. Aujourd’hui, elle est surtout une terrible erreur politique de Nicolas Sarkozy »[1].

Il fallait donc réparer l’erreur. Car des erreurs il y en a eu. Comme celle de s’allier avec le MNLA pour chasser les islamistes d’AQMI[2]. Comment expliquer en effet, qu’une colonne surarmée, quitte la Libye, traverse le Niger pour rallier le Mali sans qu’aucun pays de cette zone n’ait rien à redire ? La DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) a-t-elle conclu un accord avec le MNLA qui n’a pas tenu ses engagements ? ATT[i] était-il dans le coup, lui qui avait tout intérêt à ce que les élections ne se tiennent pas puisqu’il n’avait pas le droit de se présenter après deux mandats ? Les zones d’ombre sont nombreuses car beaucoup de monde avait intérêt à déstabiliser cette zone du Sahel y compris les islamistes et les bandits touaregs du MNLA qui pouvaient ainsi contrôler une zone de nondroit et faciliter les trafics en tout genre.

Lorsque Hollande le social démocrate arrive au pouvoir le 6 mars 2012 en battant Sarkozy, les dés étaient déjà jetés. La crise libyenne n’était pas encore finie. Les dégâts collatéraux de la libération du pays (grâce au meurtre de Kadhafi) vont s’avérer pire que la guerre pour le chasser puisqu’ils toucheront d’autres pays comme le Mali.

Hollande et son homologue sénégalais Macky Sall Pour être objectif et juste, il faut reconnaitre que François Hollande n’a aucune sympathie pour Nicolas Sarkozy qui d’ailleurs le lui rend bien. Et ce n’est pas un hasard si Nicolas veut sa revanche sur François et s’il n’arrive pas à se faire oublier en continuant tranquillement ses conférences à l’américaine grassement rémunérées.

La politique de Sarkozy n’est pas celle d’ Hollande. Leurs deux discours en témoignent. Hollande répare les erreurs de Sarkozy. A Dakar où Sarkozy avait déclaré le 26 juillet 2007 que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, Hollande rectifie le tir, le 12 octobre 2012, en affirmant « L’histoire d’une fraternité, aussi. Celle de combats menés ensemble ».

Au Mali, Hollande a hésité, attendu que l’Union africaine réagisse, que la CEDEAO prenne une décision mais rien n’a été fait. Les islamistes, eux, ne se sont pas posé de questions, ils ont continué leur avancée. Fallait-il les laisser continuer jusqu’à Bamako ? La véritable honte est bien celle de l’Union africaine qui a laissé un de ses membres sombrer dans le chaos sans intervenir, attendant avec impatience que la France le fasse. On aurait pourtant espéré que la Sud-africaine Dlamini Zuma sonne le glas de l’influence françafricaine sur l’union africaine (avec le Gabonais Jean Ping) mais il semble que l’Union ait ses raisons que la raison ne connaît pas. A quoi sert-elle donc ? Pourrait-on de nouveau questionner la jeunesse africaine ?[3]

La gauche radicale française a peut-être raison de critiquer l’intervention française. Au moins, ça aura permis un communiqué commun du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) et de LO (Lutte ouvrière). Il est juste aussi d’être contre l’interventionnisme guerrier de la France, il n’y a pas de doutes.

Mais, il faut le reconnaître, il est injuste de mettre Sarkozy sur la même ligne qu’Hollande comme si le seul but de la France était de dominer l’Afrique. Peut-être bien qu’il arrive qu’un président français soit obligé de réparer les erreurs de son prédécesseur.

Moulzo

[1] http://www.lexpress.fr/actualite/po...

[2] Il s’agit là d’un soupçon d’alliance

[3] http://www.afriquesenlutte.org/afri...

[i] Amadou Toumani Touré a été porté au pouvoir par un coup d’État en mars 1991. Le militaire avait dirigé une transition avant de rendre le pouvoir aux civils. Il avait ensuite été élu président en 2002, réélu en 2007 et devait quitter le pouvoir en juin à l’issue de ses deux mandats maximum légaux. Il a été renversé le 22 mars, à cinq semaines de la présidentielle, par des militaires qui l’accusaient d’incurie dans la gestion de la crise en cours depuis mi-janvier dans le Nord du Mali.

 
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